[Roman] Le Chœur des femmes de Martin Winckler

Acclamé par la critique et par les lecteurs, Le Chœur des femmes n’est pas passé inaperçu en 2011 et en 2012. J’en avais vaguement entendu parler à sa sortie, sans pour autant m’être attardée dessus. D’ordinaire, j’apprécie assez peu les lectures « contemporaines », les récits de vie qui se passent dans notre monde. Puis ma mère, sur un coup de tête, a acheté les trois romans de Martin Winckler : La Maladie de Sachs, Trois médecins et celui-ci. Je me suis demandée s’il fallait les lire dans l’ordre, mais apparemment, ça a peu d’importance. Sur conseils de mon père — oui, vous avez bien lu — et après avoir consulté les avis sur certains blogs, je me suis lancée dans ce bouquin. Et on peut dire que la surprise a été totale.

Nous suivons l’interne Jean Atwood, une femme sûre d’elle qui veut par la suite faire de la chirurgie des organes sexuels et qui se retrouve à faire un stage à l’unité 77 du CHU de Tourmens, l’unité de « Médecine de la Femme ». Frustrée d’avoir été assignée à cette place, de devoir assister un généraliste qui effectue des interventions gynécologiques mineures — il s’agit de simples consultations —, de voir ses rêves s’éloigner, Jean a bien du mal à se faire à cette nouvelle vie. Et pourtant, bientôt, elle va se rendre compte que les « bonnes femmes » ont plus à lui apprendre qu’elle ne le pensait … Voilà pour le contexte. Car Le Chœur des femmes, c’est bien plus que l’histoire d’une petite interne en colère contre ses supérieurs et contre le monde entier. En décrivant la relation maître / élève entre Franz Karma, médecin généraliste, et Jean Atwood, Martin Winckler aborde deux sujets sensibles et essentiels : la pratique de la médecine à l’heure actuelle et la mésinformation des femmes en matière de contraception. Ce roman est plus un pamphlet contre les agissements de certains médecins, qui se croient tout-puissants et qui cherchent à « guérir » au lieu de « soigner », devenant ainsi des techniciens scientifiques et perdant leur casquette de travailleur social.

La forme même de l’œuvre est atypique : nous alternons entre le point de vue de Jean, à la première personne, les témoignages de certaines patientes, des extraits de livres, etc. Comme si un corpus de textes nous était offert afin que l’on se fasse notre propre idée des choses. Comme si Martin Winckler nous tendait là des documents qui nous permettent d’ouvrir les yeux, de réfléchir, de nous poser les bonnes questions. Objectivement, qui sait tout de la contraception ? Qui est à l’aise lors d’un examen gynécologique ? Qui prend plaisir à parler aux médecins ? Un passage m’a d’ailleurs particulièrement marquée : Jean et Franz débattaient beaucoup quant à la manière de se comporter face aux femmes qui venaient les consulter et une fois, il était question de la douleur ; selon Franz Karma, les médecins ne se préoccupent pas de la souffrance de ces femmes, estimant que c’est un mal nécessaire pour un bien futur. Nous découvrons alors que la gynécologie pourrait se pratiquer sans douleur, sans aucune humiliation, avec des instruments inoffensifs, de manière moins invasive. La question de la souffrance nécessaire m’a interpelée. Je ne suis pas encore ce que nous pourrions appeler une femme, mais je me sens tout de même concernée d’une certaine façon, car je sais qu’un jour, je devrais passer par là. Ce dont parle Martin Winckler n’effraie pas, mais révolte.

Jean Atwood représente l’interne de base, l’interne alpha, pour reprendre l’expression de « patiente alpha ». L’interne formaté par le système, qui a appris par cœur ce qui se trouvait dans ses bouquins, qui saurait vous recoudre les yeux fermés, mais incapable d’entretenir une relation sereine avec ses patients. Pour elle, ce sont des corps à réparer et non des esprits blessés. Grâce au Docteur Karma, elle va découvrir qu’être médecin, c’est bien plus que cela. Cet aspect d’ « apprentissage » nous offre la possibilité de voir le personnage évoluer pour finir par être en phase avec elle-même.

Je ne sais pas si j’ai aimé ce roman, mais j’en ai apprécié la lecture. Je l’ai trouvé enrichissant, instructif et surtout, il m’a ouvert les yeux sur de nombreux points et m’a permis de mieux comprendre le fonctionnement de la médecine et du corps des femmes. Les témoignages étaient tous aussi bouleversants les uns que les autres, chacun à leur manière. Le plus terrible, c’est de se dire que même si cela figure dans un roman, ce n’est en rien fictionnel : certaines femmes subissent ce genre de violences sexuelles, certaines femmes rejettent leur féminité, certaines ne savent plus si elles sont femmes ou hommes (la question des intersexués est très présente), etc. Beaucoup disait que c’était une lecture idéale pour se détendre l’été. Je n’ai pas vu en quoi c’était détendant. Bien au contraire, ça met nos méninges au travail et surtout, c’est censé nous toucher au plus profond de notre être. À mettre entre toutes les mains ! Et même si vous avez du mal pendant les premières pages — il faut dire que le langage est assez cru et que le style est surprenant —, n’abandonnez pas, ce livre vous réserve de belles surprises et de belles rencontres avec des personnages tous plus attachants les uns que les autres.

— Alexandra.

Publicités

2 réflexions sur “[Roman] Le Chœur des femmes de Martin Winckler

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s