[Roman] Timeville de Tim Sliders

Avant de commencer cette chronique, je tiens à remercier Alicia, qui m’avait envoyé il y  a fort longtemps les épreuves non corrigées de Timeville de Tim Sliders. Je voulais lire le roman avant sa sortie, en novembre 2012, et finalement, j’ai attendu mars 2013 pour me plonger dedans. J’ai eu un petit passage à vide niveau lecture, alors j’essaie de m’y remettre avec des romans sympathiques, drôles, et surtout pas prise de tête.

Pour faire simple, Timeville nous raconte l’histoire de la famille Cartier, qui se retrouve mystérieusement projetée en 1980, dans une ville qui s’appelle Timeville. David et Anna étaient sur le point de divorcer et leurs enfants, Agathe et Tom, ne semblaient pas tout à fait prêts à accepter la séparation de ces deux-là. Tim Sliders soulève alors une question intéressante : que ferait-on si nous avions une seconde chance ? Ce voyage dans le temps va-t-il permettre à la famille d’être enfin réunie ou au contraire, va-t-il marquer à jamais son éclatement ? Des obstacles vont se mettre en travers de leur route : à eux de voir s’ils vont réussir à les surmonter ensemble. Le point fort de ce roman, à n’en pas douter, ce sont les personnages. David est un homme égocentrique ; chef cuisinier hors pair possédant un nombre incalculable de restaurants à travers le monde, le succès lui est monté à la tête et il s’est progressivement éloigné de ses enfants, devenant un « père invisible ». Anna, elle, est une brillante neurochirurgienne qui tente tant bien que mal de faire coïncider ses intérêts professionnels avec sa vie de famille, pendant que son mari fait sa promotion à l’étranger, au bras de mannequins écervelées. Agatha est une adolescente de 15 ans en pleine crise, un peu trop sûre d’elle. Tom est le petit dernier, il a 6 ans, il est adorable et c’est probablement celui qui s’habituera le plus vite à leur nouvelle vie à Timeville.

Et à côté de ces 4 personnages principaux, nous avons une ribambelle de personnages plus ou moins attachants. Celui qui gagne la palme de l’attendrissement, c’est probablement Willy, ce grand bêta de 36 ans affublé d’un handicap mental, qui vous sort des phrases totalement à côté de la plaque, mais hilarante. Son frère, Pierrot, est le « cerveau » des deux ; ensemble, ils forment un duo assez détonnant ! Les deux personnages les plus détestables sont sûrement Patrick Housset, la brute épaisse qui frappe avant de réfléchir, et le professeur Lowe, qui m’a donné envie de lui mettre mon poing dans la figure plus d’une fois — d’ailleurs, je dois avouer qu’Anna m’a aussi donné des envies de meurtres par moments. Love, comme il est appelé par le personnel de l’hôpital, est metrosexuel avant l’heure, un véritable homme à femmes, un charmeur sans charme. Il est un peu cliché, mais c’est justement ce qui le rend horrible.

Dans l’ensemble, je pense m’être attachée d’une certaine façon aux personnages, vu que j’avais bien envie de leur dire quoi faire quand je savais qu’ils se trompaient et que j’avais aussi bien envie de les réveiller un peu, de leur faire ouvrir les yeux. Agathe fonce tête baissée dans le mur, sans même s’en rendre compte et David et Anna sont bien trop fiers pour croire que leur mariage peut fonctionner à nouveau. Ce qui est intéressant, c’est que ce sont des réactions plausibles, la plupart du temps. J’ai trouvé l’histoire réaliste de ce point de vue-là ; les relations entre les personnages sont plutôt bien étudiées, parfois un peu simplistes, mais on ne demande pas à un roman comme celui-ci d’être exhaustif dans ce domaine. L’auteur se place, à chaque chapitre, dans la tête d’un personnage, ce qui est appréciable et permet de garder une bonne dynamique.

Quelques points, peut-être, m’ont chiffonnée. Quelques passages sont un peu répétitifs, notamment ceux où David et Anna parlent / se disputent. J’ai eu la sensation d’avoir la même scène à chaque fois ; l’histoire avec les cambrioleurs — Willy et Pierrot — est bien amusante et rajoute un peu d’épaisseur au livre, mais je ne lui ai pas vu de véritable justification, si ce n’est le fait que l’auteur nous présente ensuite le « Gang des Postiches » qui sévit dans les années 1980. D’ailleurs, les références étaient plutôt intéressantes et bien introduites. On avait pas l’impression qu’il s’agissait de caser une référence pour caser une référence, le tout était assez subtil et bien traité. Les incompréhensions entre la famille Cartier de 2012 et les autres habitants de Timeville sont particulièrement marquantes !

La morale du roman est simple, mais belle : l’amour, ça se travaille, ce n’est pas acquis et il faut parfois savoir profiter des petites secondes de bonheur qui se présentent d’elles-mêmes à nous. J’ai aussi retenu le fait que nous vivions dans un monde absolument infernal aujourd’hui, où le temps est au centre de toutes nos préoccupations. Le temps et la carrière. David lui-même finit par affirmer que le gars qui fait passer sa carrière avant sa famille n’a rien compris. Timeville m’a rendue nostalgique d’une époque que je ne connais pas. Tim Sliders a toutefois su nuancer son propos, mettant en avant ce qui faisait défaut dans les années 1980.

En conclusion, je dirais que ce fut une lecture agréable ; j’ai dévoré le roman en un jour et demi, probablement parce que j’avais besoin de ça. Cependant, il m’a manqué un petit quelque chose, un peu de subtilité, un peu plus de diversité pour que j’aime vraiment Timeville. Je m’étais attendue à un récit plus étoffé, plus complexe, peut-être plus ouvert sur l’époque et un peu moins centré sur les personnages et leurs hésitations amoureuses. Je ne mentionne pas les quelques erreurs de cohérences, qui sont certainement due au fait que j’ai lu la version non corrigée. Un bon roman détente, dont je me souviendrai très probablement, grâce aux personnages, mais qui ne me marquera pas outre mesure.

Publicités

8 réflexions sur “[Roman] Timeville de Tim Sliders

    • Je l’ai lu un peu au feeling aussi. Je me suis dit : « Allez, je m’y mets ! » et puis je me suis pas arrêtée, j’ai pas laissé tomber en plein milieu et je l’ai lu d’une traite. Donc voilà, faut trouver le bon moment je pense :).

  1. Je veux absolument le lire ! J’avais lu l’avis d’Alicia également, qui m’avait bien plu ! Et en lisant ton avis, je pense que je ne vais pas tarder à craquer 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s