[BD] Portugal de Cyril Pedrosa

Pedrosa1La vie est grise. Simon Muchat, auteur de bandes dessinées, est en panne d’inspiration et son existence est en perte de sens. Invité à passer quelques jours au Portugal, il retrouve par hasard ce qu’il n’était pas venu chercher : les odeurs de l’enfance, le chant des rires de vacances, la chaleur lumineuse d’une famille oubliée — peut-être abandonnée. Quel est le mystère des Muchat ? Pourquoi Simon se sent-il de nulle part ? Et pourquoi, sans rien comprendre de cette langue étrangère, vibre-t-il à ses accents ? Des réponses et d’autres questions l’attendent au cours de ce voyage régénérateur. Ancré dans son passé gommé, Simon pourra enfin retracer sa propre trajectoire. Et la vie retrouver ses arcs-en-ciel. Aux frontières de l’autofiction, avec humour et vivacité, Cyril Pedrosa signe — en couleurs directes et émotions immédiates — un récit essentiel sur la quête d’identité.

Loin d’être une dévoreuse de BD, le genre m’intrigue et m’intéresse. Je connaissais Cyril Pedrosa pour sa fameuse Auto-Bio, les planches étant parues d’abord dans Fluide Glacial puis ayant été publiées en deux albums. J’appréciais ses dessins, son humour et les sujets qu’il abordait ; il y avait une certaine tendresse dans les propos qui me touchait. Il y a quelque temps maintenant, la sortie de Portugal a fait grand bruit, mais je n’avais pas eu l’occasion de mettre la main sur l’album. De plus, le prix des BDs me freine toujours un peu, tout comme celui des mangas d’ailleurs. L’autre jour, sans trop savoir pourquoi ni comment, j’y ai repensé et je me suis précipitée dans ma bibliothèque de quartier, sans beaucoup d’espoir. Et pourtant. Je suis rentrée chez moi heureuse d’avoir pu le dénicher. J’ai attendu quelques jours et je me suis enfin plongée dans la BD. Il était à peu près 1 heure du matin et j’ai commencé à lire les premières pages … Jusqu’à 1h40. Et là encore, je ne voulais pas m’arrêter, mais il fallait tout de même que je dorme un peu. Le lendemain, je me suis tranquillement installée sur le canapé, sans un bruit autour de moi, et j’ai continué, jusqu’au bout. J’aurais aimé le lire en une seule fois — et d’ailleurs, je vous conseille de procéder comme ça —, mais ça ne m’a pas empêchée d’être complètement « dedans ».

Nous suivons Simon Muchat, un auteur de bande dessinées un peu paumé, qui ne sait pas ce dont il a envie, qui ne sait plus ce qu’il aime et qui ne trouve plus sa place dans ce monde. Un peu par hasard, on lui propose de participer à un festival qui a lieu au Portugal ; il accepte, sans grande conviction. Quelques jours là-bas et les questions se bousculent dans sa tête : sur sa famille, ses origines, ce pays. Il rentre chez lui, mais le souvenir de ce voyage reste gravé dans sa tête. Une quête personnelle commence. Le sujet même de l’album m’a beaucoup parlé, malgré mon relativement jeune âge. Il arrive un moment où l’on se demande d’où l’on vient réellement, qui nous sommes, où est notre place.

« J’ai habité dans plus de sept villes différentes. Aucune ne m’a jamais manqué. En fait … C’est un peu comme si je me sentais chez moi partout. Ou nulle part ?? »

La famille Muchat est loin d’être unie, les relations avec son père sont tendues et cela fait 20 ans qu’il n’a pas revu ses cousins / cousines, oncles / tantes. Son histoire d’amour avec Claire bat de l’aile et il ne fait rien pour que les choses s’arrangent. Tout semble au-dessus de ses forces. Simon Muchat est un homme las, qui n’arrive pas à profiter de la vie, des petits moments de bonheur qu’elle lui offre. Sa carrière est au point mort et il ne se raccroche à rien. Jusqu’à ce voyage salvateur. La découverte du Portugal lors du festival est brève, mais intense. L’auteur a délibérément choisi de ne pas traduire les passages en portugais, pour que le lecteur soit aussi entièrement plongé dans la culture du pays, dans ses sonorités et sa joie de vivre. Les couleurs changent, plus chaudes, plus attirantes, comme un renouveau. Les dessins aussi s’adaptent aux diverses situations, ce qui rend cette BD extrêmement riche d’un point de vue graphique.

 

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La quête de soi est le thème central de Portugal. Simon va questionner sa famille, va mener quelques recherches de son côté, sans trop insister, mais avec grande curiosité. Nous le voyons mis en scène dans des événements de la vie quotidienne : un mariage, un repas, sur son lieu de travail, rien que de très banal. Mais c’est cette banalité qui est tout particulièrement frappante. Loin d’être ennuyeuse, elle s’avère enrichissante. De chaque situation, Simon va apprendre quelque chose. C’est cet ensemble de choses qui va lui redonner goût au dessin, petit à petit, pas à pas. Des rencontres étonnantes avec les habitants du village de son grand-père, la découverte d’une photo, de la maison familiale au Portugal, etc. En faisant ce travail sur lui-même, il retrouve une force, un souffle. J’ai été assez étonnée par la manière dont l’auteur avait choisi de traiter le sujet — l’histoire est en partie autobiographique —, surtout parce que les passages se déroulant au Portugal ne sont pas les plus nombreux. Il y a des moments tendres, des moments d’humour, mais j’ai été peut-être plus sensible à la mélancolie qui se dégageait de ces pages. La mélancolie, mais aussi l’espoir, quelque part. L’album ne répond pas à toutes les questions de Simon, mais montre plutôt son cheminement.

Il est très difficile, à mon sens, de décrire un album comme celui-ci. D’une part, parce que je ne suis pas une spécialiste de la bande dessinée, d’autre part, parce que je pense qu’il peut faire écho à des choses très différentes selon les personnes. Le côté mélancolique et perdu de Simon m’a beaucoup touchée et j’ai apprécié le fait que l’auteur ne tombe pas dans le mélo ou dans la pseudo-analyse psychologique. Tout est abordé avec simplicité et justesse, et je crois aussi, bien sûr, que le dessin y est pour beaucoup. C’est un véritable coup de cœur, qui me donne envie de lire l’autre BD de Cyril Pedrosa, Trois Ombres.

Ce que d’autres en ont pensé :
Livr0ns-n0us ;
XXI ;

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Une réflexion sur “[BD] Portugal de Cyril Pedrosa

  1. Superbe chronique ! Elle fait bien écho à ce que j’ai ressenti aussi pendant cette lecture… je suis tout à fait d’accord sur le fait qu’elle peut toucher tout le monde, à des niveaux différents, car elle est tellement riche ! J’ai hâte de voir ce que Pedrosa nous prépare désormais…

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