[Livre] Persuasion de Jane Austen

Twenty-seven-year old Anne Elliot is Austen’s most adult heroine. Eight years before the story proper begins, she is happily betrothed to a naval officer, Frederick Wentworth, but she precipitously breaks off the engagement when persuaded by her friend Lady Russell that such a match is unworthy. The breakup produces in Anne a deep and long-lasting regret. When later Wentworth returns from sea a rich and successful captain, he finds Anne’s family on the brink of financial ruin and his own sister a tenant in Kellynch Hall, the Elliot estate. All the tension of the novel revolves around one question: Will Anne and Wentworth be reunited in their love?

Persuasion a été publié en 1817, quelques mois après la mort de Jane Austen. Ce roman est considéré comme le plus mature et le plus abouti de ses romans, même si son décès précoce l’a certainement empêchée d’y apporter les corrections souhaitées. Je m’étais lancée dans ce livre il y a un an, avec d’énormes attentes … Je n’avais pas réussi à le finir. Il me reste une trentaine, une quarantaine de pages, mais, même si proche de la fin, je ne suis pas parvenue à aller jusqu’au bout. Après avoir récemment vu l’adaptation de 2007 avec Rupert Penry-Jones et Sally Hawkins, j’ai décidé de lui redonner une chance.

Anne Elliot est une jeune femme douce, intelligente et particulièrement patiente. Âgée de 27 ans, ayant peu à peu perdue la beauté de sa jeunesse, Anne vit à Kellynch Hall, entourée de son père et de sa sœur qui la méprisent plus ou moins ouvertement. Sa seule amie, Lady Russell, est aussi sa confidente ; elle est un guide, une sorte de seconde mère. Les finances de la famille ne leur permettent plus de vivre sur leur domaine et ils se voient donc dans l’obligation de quitter la région pour Bath. Anne va rester quelque temps chez sa plus jeune sœur, Mary Musgrove, épouse de Charles Musgrove … Et la rencontre va avoir lieu. Le capitaine Frederick Wentworth fait son apparition, en tant que frère de la nouvelle locataire de Kellynch Hall. Très apprécié par les Musgrove, Anne va être forcée d’être en contact avec lui de manière répétée, alors même que, 8 ans auparavant, elle avait mis un terme à leur fiançailles, sur les conseils de sa chère amie. Jeune, Miss Elliot s’est laissé aisément persuader … À 27 ans, elle en subit amèrement les conséquences.

Dans ce roman, il est question de constance des sentiments, de patience, de passion. Les termes habituels sont toujours présents : la famille, l’entourage, l’importance des conventions sociales et le respect des bonnes mœurs. Anne Elliot est tiraillée entre les obligations dues à son rang — elle fait partie d’une famille de la noblesse anglaise — et ses propres émotions, son propre caractère. Ici, il ne s’agit pas seulement de l’histoire d’amour entre la jeune femme et le capitaine Wentworth ; il s’agit aussi de mettre en avant le décalage qui existe entre ses aspirations et ce que la société a à lui offrir. Elle préfère la compagnie des Musgrove, famille d’un statut certes inférieur, mais unie, joyeuse et vivante, à celle de son père, fat et imbu de sa propre personne. Elle préfère sa campagne natale au brouhaha de Bath, ville qu’elle abhorre. Mais Anne, trop souvent, plie et cède ; elle n’est que « celle du milieu », elle n’a aucun poids, aucune possibilité de s’affirmer. J’aurais d’ailleurs aimé, parfois, voir en elle un peu plus d’ « Elizabeth Bennet ». Pour moi, Anne est plus proche d’Elinor Dashwood, dans le sens où elle parvient à garder ses propres sentiments. Elle s’efface, elle laisse la place aux autres, se fait toute petite et discrète. Et dans le même temps, elle a tout de même une certaine force : son amour passé la hante, mais elle continue sa vie comme si de rien n’était, agissant comme il convient. Anne Elliot est aussi, à mon sens, la seule héroïne créé par Jane Austen qui a, dès le début du roman, conscience de ses défauts et de ses faiblesses.

When the evening was over, Anne could not but be amused at the idea of her coming to Lyme to preach patience and resignation to a young man whom she had never seen before; nor could she help fearing, on more serious reflection, that, like many other great moralists and preachers, she had been eloquent on a point in which her own conduct would ill bear examination.

Les autres personnages du roman sont là pour aider ou pour empêcher Anne d’accéder au bonheur, évidemment. Son père et sa sœur sont imbuvables, et sa petite sœur est particulièrement irritante. Cette dernière aime se plaindre et être le centre de toutes les attentions — c’est une Elliot, après tout ! Lady Russell est un personnage qui m’a tout autant déplu. Je comprends les raisons de ses actes, de ses propos, je comprends son raisonnement, mais je ne parviens pas à y adhérer. Anne écoute tout ceci avec une grande patience, que je n’aurais certainement pas eue. Les Musgrove sont attachants et j’ai été très touchée par la relation entre Charles et Anne. Autres personnages notables : les Harville, le capitaine Benwick et ce cher Mr. Elliot, que l’on adore détester. J’ai été surprise par toute la malhonnêteté qui entourait cette pauvre Miss Elliot, tous ces faux-semblants … Encore plus que dans Orgueil et Préjugés.

« My idea of good company, Mr Elliot, is the company of clever, well-informed people, who have a great deal of conversation ; that is what I call good company. »

Son séjour à Uppercross (village où résident les Musgrove) va réveiller Anne. L’éclat de sa jeunesse, depuis longtemps perdu, va être d’une certaine manière retrouvé, malgré les épreuves. À Bath, nous retrouvons une jeune femme épanouie, un peu plus sûre d’elle, plus sûre de son amour pour Wentworth. Nous la découvrons légèrement cynique, mais elle me faisait aussi penser à une adolescente amoureuse pour la première fois. Elle oscille entre l’assurance, la joie, le doute, la déception, la tristesse … Si je l’ai trouvée peut-être un peu « molle » dans la première partie du livre, elle s’amende dans la seconde. Sa discussion avec le capitaine Benwick, puis plus tard avec le capitaine Harville, le fameux concert, etc sont des scènes marquantes et bien plus puissantes dans le roman que dans l’adaptation de 2007. Toutefois, leur rencontre dans le magasin m’est apparue bien plus sensible et fine dans le film — j’ai aimé leurs sourires, leurs regards, leur complicité. La fin du roman, douce-amère, a aussi su me séduire. Nous sommes bien loin des happy ends habituels, ce qui finit d’ajouter du réalisme à cette histoire. C’est assez amusant de se dire que l’intrigue de base est très « romantique » et romanesque et que son dénouement est très terre-à-terre — opinion qui ne va pas plaire à tout le monde : le passage de la lettre est certes beau, mais … Je n’ai pas été aussi conquise que la plupart des lectrices. La manière dont elle est intégrée au roman lui enlève de sa magie (car c’est une lettre extraordinaire), à mon humble avis. Le capitaine Wentworth est un personnage discret, mais plein de passion — malgré sa trentaine d’années, il a toujours ce côté très jeune et fougueux qui m’a séduite.

J’ai lu Persuasion en anglais … Mais la traduction française n’était jamais bien loin. En effet, j’avais lu Orgueil et Préjugés sans trop de souci, mais cette œuvre-ci m’a posé quelques problèmes. Les phrases étaient parfois interminables, la ponctuation m’a perturbée et certains passages se sont révélés confus. J’ai aussi été gênée par les nombreuses répétitions. Nous nous arrêtons parfois trop longtemps sur une idée, qui revient, encore et encore. Les errances d’Anne m’ont parfois lassée, ou du moins la façon dont elles ont été amenées. Je trouvais intéressant de se trouver « dans la tête » de l’héroïne, c’est donc dommage que j’ai eu ce sentiment de faire un pas en avant, deux pas en arrière. Ce roman de Jane Austen n’est donc pas, vous l’aurez compris, mon roman préféré. Toutefois, je le regarde désormais d’un autre œil. Il m’a fallu du temps pour écrire cette chronique, je n’arrivais pas à émettre un jugement précis sur l’œuvre. Tout est d’ailleurs encore un peu embrouillé ; à dire vrai, je ne sais trop qu’en penser.

Je tenais à dire un petit mot sur la magnifique adaptation de 2007. Les acteurs sont fabuleux, particulièrement fidèles aux personnages décrits dans le roman. Leurs caractères sont bien retranscrits et certaines scènes ont même plus de saveur que dans l’œuvre originale. C’est romantique, c’est beau à voir, il y a beaucoup d’émotion et j’aime la fin. Le moment où elle court dans Bath ne m’a pas dérangée … Mais j’aurais aimé un baiser un petit plus fougueux. Par contre, cette dernière scène est mémorable. Elle ne retranscrit pas cette fin si caractéristique du roman, mais c’est une jolie alternative. Je crois aussi que si j’ai su mieux apprécier ce roman lors de ma deuxième lecture, c’est en grande partie grâce au film. Il a apporté un éclairage nouveau sur les personnages et l’intrigue. Et je ne pouvais d’ailleurs finir cet article sans …

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4 réflexions sur “[Livre] Persuasion de Jane Austen

  1. Anne Elliot est vraiment mon personnage préféré, justement parce qu’elle est faillible et plus « humaine » qu’Elizabeth Bennet, très vive, formidable mais aussi aveuglée par ses préjugés. Anne est « genuine », je l’aime beaucoup. La scène de la lettre, à chaque lecture, me touche à un pont ! La conversation volée, le retour de Wentworth pour mettre bien en évidence la lettre et leur promenade dans Bath, tous les deux, en parlant du passé et du futur. Ahhhhh. Par contre, j’ai bien aimé aussi la fin de la mini-série, Rupert est si mignon en chemise, sans sa veste à la John Thornton à la fin de « North & South ». Et j’adore quand les personnages dansent alors bon c’était me prendre par les sentiments. xD

    Peut-être qu’une autre lecture, dans quelques années, te permettra de mieux apprécier ce roman. Mais ton avis se tient parfaitement !

    • Ce qui est bien, c’est qu’elle fait très « réaliste », effectivement. En plus, j’ai aimé la voir évoluer et s’affirmer dans la deuxième partie du roman, je trouvais ça particulièrement satisfaisant.
      Oh oui, cette fin … Quand ils dansent, j’en bave encore. C’est peut-être un peu « niais » ou « à l’eau de rose », mais j’adore ça.
      Pour le moment, Northanger Abbey reste mon préféré, mais en grandissant, il se peut que Persuasion me parle plus.

  2. J’avais tout de suite accroché à Persuasion lors de ma première lecture! C’est bien que tu aies redonné sa chance à ce roman, et si tu le relis dans quelques années, peut-être l’apprécieras-tu davantage que maintenant 😉
    Tu sais que je n’ai pas encore vu l’adaptation, mais ça ne serait tarder vu l’enthousiasme qu’elle suscite !

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