[Film] Ma part du gâteau de Cédric Klapisch

Je ne voulais pas voir ce film. Dimanche soir, je voulais regarder quelque chose de drôle, de léger, de frais. Manque de bol, TF1 nous proposait Fast & Furious 5 et à part sur France 4 où il y avait Kingdom of Heaven, le choix était limité. Au départ, je pensais que Ma part du gâteau était une histoire d’amour un peu moderne entre un trader et une femme de ménage. Puis, avant le JT, j’ai vu le trailer et j’ai réalisé qu’on en était loin. J’ai aussi pu noter que c’était une œuvre de Klapisch, ce qui m’était complètement sorti de la tête. J’ai vu L’Auberge espagnole, j’ai vu Paris et j’ai aimé. Un peu à reculons tout de même, je me suis installée sur mon canapé et j’ai commencé à regarder Ma part du gâteau. Et quelle claque …

France travaille dans une usine à Dunkerque. Ou plutôt, travaillait : l’usine va fermer et elle se retrouve au chômage, avec trois filles à nourrir. Pour s’en sortir, elle est contrainte de monter sur Paris et de se faire embaucher comme femme de ménage chez Stéphane, trader qui passe sa vie entre Paris et Londres. L’homme est, évidemment, odieux. À travers lui, nous découvrons le monde (impitoyable) de la finance, ses faux-semblants, sa superficialité. Malheureusement pour lui, son ex-femme part en vacances pendant un mois et il se retrouve avec son fils sur les bras, incapable de s’en occuper. France va en être chargée, devant jongler à son tour entre sa vie à Dunkerque et sa vie à Paris. Elle va finir par apprendre que Stéphane est responsable de la fermeture de son usine …

France va se laisser séduire par Stéphane. Stéphane va sembler s’adoucir au contact de France, prendre conscience de la vanité de sa vie, du néant qui l’entoure. Cédric Klapisch passe d’un monde à l’autre jusqu’à ce que ceux-ci entre en collision, à la fin du film. Le choc est rude et l’on ne peut s’empêcher de ressentir un peu de pitié pour ce trader qui vivait dans sa tour dorée et qui est désormais confronté à une réalité qu’il ne comprend pas et qu’il méprisait jusqu’alors. Évidemment, tout ceci peut sembler quelque peu manichéen : nous prenons le gros méchant trader face aux petits ouvriers d’usine sans défense. Il y a toutefois une certaine finesse dans l’élaboration des personnages et dans la manière de filmer. La force de Stéphane, c’est son argent ; la force de France, c’est le collectif. Les rôles s’inversent tout au long du film : tantôt l’un est dominant, tantôt l’autre est dominé. La tension est presque imperceptible tout d’abord, puis elle devient étouffante à la fin du film. Nous retenons notre souffle, nous nous demandons si France n’a pas fait une bêtise, nous nous demandons s’il va finalement payer.

Deux scènes m’ont particulièrement marquées dans Ma part du gâteau. Tout d’abord lorsque France, se croyant seule dans ce grand appartement froid et sans âme, allume la radio pendant qu’elle repasse et commence à entonner Les Rois du Monde, alors que Stéphane se trouve dans la pièce annexe, au téléphone. Le fait qu’il soit au téléphone est à mon sens très important, car il n’entend pas et surtout ne veut pas écouter les paroles de la chanson, pourtant révélatrices. Ensuite, ce moment du film où une grande fête a lieu dans le même appartement. France est reconvertie en serveuse et doit passer la soirée à écouter les idioties et les remarques méprisantes des collègues traders de son employé. Ce dernier semble montrer quelques signes de gêne. À la fin de la soirée, la tête appuyé contre la vitre, il réalise à quel point son monde est vide, à quel point il est seul. Peut-être un des seuls moments où il est sincère et montre sa nature profonde. Stéphane a pris les vilaines habitudes du monde dans lequel il vit, se forgeant une personnalité détestable, portant sans cesse un masque qu’il ne parvient plus à enlever.

Gilles Lellouche et Karin Viard sont absolument extraordinaires de justesse et de sincérité dans ce film. Je connais l’acteur pour l’avoir vu à la télévision et dans Les Petits Mouchoirs, mais c’est avec ce film que j’ai pris conscience de son grand talent d’acteur ; il est crédible, terriblement crédible. Quant à Karin Viard, elle n’a même pas besoin de se forcer pour être émouvante. Nous découvrons aussi la jeune Marine Vacth, actuellement à l’affiche dans Jeune & Jolie de François Ozon, qui fait une apparition assez remarquée et qui sera elle aussi victime des caprices de Stéphane, mais d’une toute autre façon. Lunis Sakji joue le fils de Stéphane, Alban : ce gamin est vraiment touchant ; son innocence contraste avec l’orgueil de son père et, évidemment, ce n’est pas un hasard.

Cédric Klapisch nous propose un film « humain » et touchant, mais aussi révoltant. Si je devais choisir un mot pour décrire Ma part du gâteau, je dirais qu’ « équilibre » est le plus juste : le mal et le bien dans la balance, l’innocence et la perversité aussi. Ce film n’est pas parfait, mais il a le mérite de faire réfléchir. Avec ce genre d’œuvre cinématographique, vous ne pouvez vous empêcher de vous remettre en question. Comme vous le savez certainement, je souhaite entrer soit à Sciences Po soit au CELSA et je me dis : est-ce que moi aussi, un jour, je deviendrais comme lui ? Est-ce que j’ai envie d’évoluer dans un monde aussi faux et artificiel que celui-ci ? À méditer …

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6 réflexions sur “[Film] Ma part du gâteau de Cédric Klapisch

  1. Superbe critique ! Tu es vraiment douée pour la rédaction et la réflexion ! Si tu as des astuces pour bien rédiger, un plan, ce serait avec plaisir que j’en prendrais note !
    J’a vu ce film il y a quelques temps déjà et j’ai énormément aimé. Pourtant, comme toi, aux premiers abords, il ne me tentait pas du tout ! Comme quoi, en se forçant un peu parfois, on tombe sur des perles !

    • C’est vraiment un très joli compliment, merci beaucoup ! Surtout quand on sait que je galère de plus en plus pour écrire mes articles :). Je n’ai pas de véritable astuce. J’ai un peu l’habitude de faire des plans, de devoir lier les choses d’une façon ou d’une autre … J’essaie de faire attention à laisser les grands thèmes entre eux : l’histoire, les thèmes abordés, les personnages, les acteurs … En fait, en écrivant, ça devient presque automatiquement logique ! Je pense qu’il faut essayer de se laisser porter par le clavier, ne pas trop réfléchir ;). Et souvent, ça peut faire de relativement bons articles !
      Eh oui, il faut se forcer ! Il y a pas mal de films qui me tentent, mais ce n’est jamais le moment … Je crois que je vais me donner un coup de pied aux fesses ;).

  2. Très belle chronique, tu m’as vraiment donné envie de voir ce film. Je n’en avais pas vraiment entendu parler, enfin, le titre m’était familier mais je ne savais pas du tout de quoi ça parlait et en effet à première vue ça peut avoir l’air cucul ou juste manichéen, mais ton billet si bien agencé et si persuasif a su éveiller mon intérêt :p . J’avais beaucoup aimé L’auberge espagnole, et Les petits mouchoirs que tu cites dans cet article, donc ça ne fait que renforcer mon désir de voir ce film. Je te tiendrai au courant pour mes impressions ! 🙂

    • Merci pour ton joli commentaire :). J’espère que le film te plaira … Et ne pas t’avoir donné de faux espoirs ;). D’ailleurs, si tu as l’occasion de regarder Paris … Je te le conseille. Ce film m’émeut à chaque fois !

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