Focus : Orgueil et Préjugés

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It is a truth universally acknowledged that a single man in possession of a good fortune must be in want of a wife.

Je ne vous apprends pas grand-chose en vous disant que cette phrase célébrissime ouvre Orgueil et Préjugés, certainement l’œuvre la plus connue de la romancière anglaise Jane Austen. Rédigé à la toute fin du XVIIIème siècle, autour de 1796, le texte devait d’abord prendre le nom de First Impressions. Il sera finalement publié en 1813 sous le titre Pride and Prejudice. Je ne saurais vous dire exactement à quel moment et dans quelles circonstances ce roman est apparu dans ma vie. Je me souviens simplement que ma mère avait en sa possession Raison et Sentiments, Orgueil et Préjugés, Northanger Abbey et Persuasion et que, par conséquent, ils ont tous plus ou moins atterri dans ma chambre. Je crois avoir commencé par le premier de la liste, puis avoir enchaîné quelque temps plus tard sur le deuxième. Il y a deux ans, en m’investissant plus avant dans la communauté littéraire, je me suis de nouveau intéressée aux écrits de Jane Austen et j’ai poursuivi ma découverte de l’auteure en lisant Emma, puis Northanger Abbey, puis Persuasion, si bien qu’il ne me reste plus que Mansfield Park et les quelques œuvres « mineures » à dévorer.

Orgueil et Préjugés a été le véritable déclencheur de mon intérêt pour la romancière et ses travaux. Le livre lui-même, mais aussi les deux adaptations cinématographiques qui en sont tirées, m’a aussi donné un nouveau regard sur la littérature classique et sur la littérature britannique dans le même temps. J’estime avoir encore beaucoup de choses à découvrir, mais je crois qu’il était bon de commencer par là. Ses romans portent sur des thèmes atemporels et si la forme peut sembler un peu désuète, le fond nous parle : les conventions sociales, la fierté, les préjugés, la vanité et l’importance des apparences, mais aussi les relations filiales et l’éducation sont des sujets d’actualité. Mon but ici n’est pas de faire une analyse détaillée du style et des préoccupations de Jane Austen, mais plutôt de me concentrer sur ce « roman-déclencheur », pour le roman lui-même, mais aussi pour tout ce qui s’est créé autour.

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Vous allez certainement vous dire que cet article sort un peu de nulle part, mais j’ai une bonne raison de m’intéresser maintenant à cette œuvre. La semaine dernière, prise d’une folie austenienne, j’ai décidé de relire Pride and Prejudice en version originale. J’ai lu une fois le roman en entier en français, puis j’ai dû tenter de le lire à nouveau deux ou trois fois dans l’une ou l’autre langue, sans jamais aller jusqu’au bout. Je me suis empressée de me replonger dans des pages que j’avais bien trop longtemps abandonnées. J’ai aimé retrouver l’ironie de l’auteur, ces personnages hauts en couleurs et au caractère souvent bien trempé, ces scènes de la vie quotidienne de l’époque, toute cette atmosphère que j’apprécie tout particulièrement. Cependant, je dois dire que malgré ma joie, j’ai ressenti une pointe de déception. À force d’avoir vu le film, à force de m’être moi-même fait des films sur l’histoire d’Elizabeth Bennet et de Mr Darcy, j’ai fini par oublier que le roman n’avait pas vraiment ce côté « romantique » que j’affectionne. Je m’explique : il est vrai que l’analyse des sentiments est bien menée, que la déclaration de Darcy contraste avec sa supposée retenue et que l’on ressent l’amour que les deux personnages se portent. Cependant, tout ceci est bien vite tempéré par une question qui émerge au fil de la lecture : l’attitude d’Elizabeth a-t-elle changé parce qu’elle s’est rendue compte de ses erreurs ou bien parce que, comme elle le dit elle-même, les charmes de Pemberley ont agi sur sa personne ? Certains me diront, évidemment, que Miss Bennet a évolué, qu’elle a mûri et que son amour est tout à fait sincère. J’en suis convaincue, mais je me demande à quel point les considérations financières et sociales n’ont pas eu un impact sur son choix. Tout ceci est révélateur d’une époque, mais enlève par la même occasion du charme à leur histoire d’amour. Je ne peux m’empêcher de penser que, finalement, Jane Austen était plus intéressée par ses personnages individuellement, par leur évolution, par le changement de leur caractère et par le poids des conventions que par leur histoire collective. Ceci expliquerait peut-être les fins toujours plus ou moins expéditives de ses œuvres.

Je dois tout de même dire que cette relecture m’a permis, justement, de revenir sur mes sentiments premiers et de regarder l’ensemble avec une plus grande distance critique. Je me suis amusée pendant ma lecture, j’ai râlé quand j’ai redécouvert la naïveté de Jane, j’ai eu envie de frapper Lydia et de remettre Mr Collins à sa place, j’ai été peinée de voir que Mr Bennet agissait de la façon dont il agissait, j’ai plusieurs fois eu envie de mettre Mrs Bennet sur « mute ». J’ai pris beaucoup de plaisir, malgré mon avis moins enthousiaste que précédemment. Ayant lu Persuasion en août, je me suis rendue du décalage entre les deux romans. Dans ce dernier, l’analyse des caractères m’a paru plus subtile avec le recul, et, si je ne m’abuse, Anne me semble plus être une fenêtre ouverte sur la vie de l’auteure qu’Elizabeth Bennet.

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Je dois désormais avouer que si je vouais un culte à Mr Darcy à un moment donné, c’est grâce aux adaptations cinématographiques (1995 et 2005) et non au roman. Un soir, je suis partie en quête de quelque chose de sympathique à regarder à la télévision. Je tombe sur l’adaptation de 2005 et je continue à regarder d’une part parce que j’avais lu le roman peu de temps avant et d’autre part parce que Keira Knightley est une actrice que j’apprécie. Tout de suite, je suis charmée par les décors, par la musique, par l’atmosphère qui se dégage de toute cette mise en scène et par le jeu des acteurs. J’ai eu quelques réserves tout de même : les événements ne se déroulaient pas tout à fait comme dans le livre et Matthew MacFadyen me paraissait un peu plat. Peu de temps après, j’ai décidé de me procurer l’adaptation de 1995 avec Jennifer Ehle et Colin Firth afin de comparer — et aussi parce que Colin Firth. Je dois dire que j’ai aimé : j’ai regardé les 6 épisodes sur deux jours et je n’arrivais plus à m’arrêter. Tout me semblait particulièrement fidèle au roman, tant dans le style que dans le respect des éléments de l’histoire … Tellement fidèle qu’il me manquait justement cette petite étincelle « romantique » dont je parlais précédemment. Étincelle que j’ai trouvé dans l’adaptation de 2005, donc je vais parler un peu plus en détail.

Keira Knightley incarne une Elizabeth Bennet quasiment parfaite, bien plus agréable à mon sens que Jennifer Ehle, dont les tics ont finalement eu tendance à m’énerver. Entre Colin Firth et Matthew MacFadyen, je ne saurais dire lequel me satisfait le plus — j’ai eu l’occasion entre temps de voir le second jouer dans Ripper Street et mon opinion sur son jeu d’acteur a par là-même changé. Donald Sutherland est fantastique en Mr Bennet : son attitude à la fin du film, la larme au coin de l’œil, m’émeut toujours beaucoup. Je tiens aussi à parler de Rosamund Pike, qui incarne une Jane absolument magnifique et qui m’a parue bien moins effacée et naïve que dans le roman — notamment lorsqu’elle dit à Lizzie qu’un jour, un homme risque de lui plaire et qu’elle sera bien obligée de tenir sa langue. Kelly Reilly, qui incarne Miss Bingley, est détestable et donc géniale ; et Rupert Friend, ai-je réellement besoin d’en parler ? (Même si le précédent Wickham était à mon sens excellent). Au-delà des acteurs, les paysages sont somptueux, les costumes simples et superbes et la musique … Oui, le directeur a pris des libertés par rapport au roman, oui certaines répliques sont attribuées à certains personnages alors qu’elles devraient être attribuées à d’autres, mais je dois dire que ça me passe à 10 000 au-dessus. À chaque fois que je regarde ce film, je me sens bien, j’ai envie d’aller me balader dans la campagne anglaise, je suis émue par une histoire d’amour à laquelle on a ajouté ce côté « hollywoodien » loin d’être déplaisant.

Une adaptation est une adaptation. Tout est contenu dans le mot. On ne demande pas à ce genre de films d’être totalement fidèles. Le réalisateur prend tel ou tel parti, suit telle ou telle direction. Simon Langton a choisi de coller au roman — je pense aussi que le fait que ce soit une série de la BBC impose un certain cahier des charges — et Joe Wright a pris plus de libertés, pour mon plus grand bonheur, mais pas pour celui des puristes. L’avantage d’avoir deux films, c’est que chacun peut choisir celui qui lui parle le plus. Et celui qui me parle le plus est, vous l’aurez compris, celui de 2005.

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Vous parlant d’Orgueil et Préjugés, je ne pouvais décemment oublier de mentionner Le journal de Bridget Jones, Helen Fielding s’étant ouvertement inspirée du roman d’Austen. Nous avons un personnage qui s’appelle Darcy, nous avons une héroïne qui a une vision très personnelle des hommes et qui est éperdument amoureuse de Daniel Cleave, un salaud notoire. Film et livre sont très différents, mais à mon sens très complémentaires, comme je le disais dans une de mes vidéos. Je ne sais pas à quel point on retrouve Elizabeth Bennet dans le caractère de Bridget, mais on retrouve définitivement du Darcy et du Wickham dans les deux protagonistes masculins. N’ayant lu aucun roman de littérature para-austenienne, c’est le seul dont je peux vous parler, très brièvement, à l’heure actuelle.

Mine de rien, les thèmes d’Orgueil et Préjugés sont repris plutôt fidèlement dans Le journal de Bridget Jones. Socialement, si une femme n’est pas mariée avant ses 30 ans, elle peut être qualifiée sans souci de « vieille fille ». La pression des parents, plus particulièrement de la mère, est mise en avant. Bridget n’a ni sœur ni frère, mais un groupe d’amis parfois très embarrassants. Le roman n’a aucune réelle prétention philosophique, mais cherche à montrer ce à quoi peut ressembler la vie d’une jeune femme, qui n’est ni une sylphide, ni très spirituelle, mais qui veut tout de même se faire une place dans ce monde, de quelque manière que ce soit, tout en prenant son indépendance, un peu comme Lizzie.

Et pour finir cet article déjà très long, je souhaitais vous parler de The Lizzie Bennet Diaries, une web-série de 100 épisodes que l’on pourrait définir comme une adaptation moderne d’Orgueil et Préjugés. Je connaissais bien avant de regarder, mais après avoir vu le premier épisode, j’étais convaincue que ça ne me plairait pas. J’ai donc laissé ça de côté pour des jours où j’aurais un peu mûri et où mon esprit serait un peu plus ouvert. Je suis heureuse de vous dire que ce temps est arrivé. Une semaine avant les vacances de la Toussaint, j’ai dévoré les 100 épisodes avec avidité, veillant souvent un peu trop. On aime ou on n’aime pas, mais il faut admettre, en toute objectivité, que c’est une adaptation plutôt intelligente, bien fichue et, d’une certaine manière, très fidèle. La série a été créée par Hank Green et Bernie Su et met en scène des acteurs peu connus, le tout étant présenté sous forme d’un journal intime vidéo. Les créateurs ont choisi de se focaliser sur les relations famille / amitié entre les personnages, ce qui donne une toute autre dimension à l’œuvre littéraire : nous voyons comment interagissent Lizzie, Jane et Lydia, cette dernière étant présentée sous un jour beaucoup plus favorable, en un sens — mais je ne veux pas trop en révéler ; nous avons droit à de magnifiques imitations de Mrs Bennet, aux traits d’esprit de Charlotte Lu et à la lourdeur de Mr Collins. J’ai trouvé ça drôle, émouvant, bien construit ; j’ai aimé les acteurs, j’ai aimé la manière dont la modernité avait été traitée et, ayant récemment commencé à poster des vidéos sur Youtube, je me suis retrouvée dans certaines questions et certains raisonnements sur les médias. Je vous invite à aller sur le site ou sur la chaîne Youtube pour en savoir plus et surtout à ne pas vous limiter à la première impression … Ce serait le comble pour des amoureux d’Orgueil et Préjugés !

Pour résumer en quelques mots :
Orgueil et Préjugés n’est pas mon roman préféré de Jane Austen, mais il tient forcément une place particulière dans mon parcours de lecture.
• J’avoue sans honte préférer l’adaptation de 2005 à celle de 1995 qui, à mon sens, a beaucoup vieilli.
• Que Bridget Jones soit ou non fidèle au roman m’importe peu : je rigole toujours lorsque je lis le livre ou regarde le film.
The Lizzie Bennet Diaries est une web-série que l’on aime ou que l’on déteste, mais à laquelle vous devriez vraiment donner une chance.

(Par la suite, je pense faire plus d’articles de ce type, en me focalisant soit sur une œuvre, soit sur un genre, soit sur une série de films, bref c’est assez ouvert. Si ça vous intéresse, n’hésitez pas à me le dire en commentaires. Je ne veux pas non plus vous assommer avec des articles trop longs.)

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11 réflexions sur “Focus : Orgueil et Préjugés

  1. J’adore ton article n_n. Je suis pratiquement d’accord avec tout ce que tu dis en plus si c’est pas beau ça *_*. Par contre la web-série ne me tente vraiment pas du tout et puis je me suis fait spoiler pleins de trucs toussa. La dernière fois que j’ai regardé la version P&P de 2005 j’ai moins aimé du coup j’évite de me repasser les adaptations >_<. C'est sûrement la vieillesse qui fait ça. Monde cruel.

    • Je pense qu’à force de les regarder, on « use » un peu les films, d’une certaine façon. Ils se patinent et perdent de leur brillance, si tu veux ;). Du coup, je les regarde vraiment sur impulsion :D.
      Dommage pour la web-série, mais si tu n’aimes pas, tu n’aimes pas, je peux comprendre ;).

  2. J’ai lu entièrement ton article sans sauter une seule phrase *fière* xD
    J’ai lu O&P qu’une seule fois, et ça remonte à pas mal de temps. J’essayerai de le relire en 2014 mais en VF car la VO m’effraie ! Je n’ai vu que l’adaptation de 2005, mais je prévois de voir l’autre lors de ma relecture du roman 😉
    En ce qui concernant le journal de Bridget Jones… pas aimé du tout le bouquin et je me souviens plus du film et c’est sans doute mauvais signe xD A l’époque je ne connaissais pas l’oeuvre de Jane Austen alors peut être que mon avis changera mais pas sur x)
    La web-série.. j’avais pas accroché au premier épisode, mais je lui redonnerai peut être sa chance ~

    • Félicitations, je vais t’offrir une jolie image (a).
      La VO n’est pas toujours évidente, mais elle apporte un plus, notamment au niveau de l’ironie ;).
      Roooooh, mais Bridget Jones, c’est une héroïne tellement géniale ! :). Enfin bon, je comprends que ça puisse ne pas être ta tasse de thé.
      Essaie de regarder la suite oui. J’ai accroché au bout de quelques épisodes seulement :).

  3. Moi aussi j’ai tout lu, j’peux avoir une image comme Alicia ?

    Je suis également d’accord presque avec tout ce que tu racontes, par contre moi c’est en regardant la version 2005 que les motifs d’Elizabeth me semblent plus troubles ; est-ce que c’est la vue de la maison qui l’a fait changer d’avis ?
    J’ai vu des bouts du film Bridget Jones que je n’aime pas du tout, je trouve ça crétin au possible et le livre que j’ai lu l’été dernier dernier ne m’a pas déplu à fond, mais les héroïnes débiles qui ne savent même pas placer l’Allemagne sur une carte ça ne me fait pas rêver.

    Ce n’est pas mon Austen favoris, notamment donc à cause du changement d’avis d’Elizabeth ; pour moi Emma ne permet aucune confusion, ils n’étaient pas obligés de se marier tous les deux, et le fait qu’il le fassent juste parce qu’ils en ont eu envie m’a plu 🙂

    Allez hop maintenant tu fais un autre sur Emma o/ (même si pour le coup je suis beaucoup moins fan de l’adaptation en web série que je trouve assez irritante alors que j’avais suivit TLBD avec plaisir ; sauf pour les deux derniers épisodes ; faudrait que je me remarathonne ça)

  4. « Prise d’une folie austenienne » MOUAHAHAHA.

    Ca fait très longtemps que je n’ai pas regardé l’adaptation de 2005 ; il faudrait que je la re-regarde pour me faire un avis plus juste, c’est vrai que je suis restée sur une impression d’Elizabeth beaucoup trop jolie pour son rôle et de Darcy un peu plat, par rapport à la version de 95, si fidèle, et dont on enchaîne les 6 épisodes sans pouvoir s’arrêter, comme tu dis. J’ai le DVD de la version de 95, mais pas celle de 2005… donc je vais remédier à ça.

    Bridget Jones, j’ai seulement vu le film quand j’étais gamine. Du coup, pour saisir toutes les allusions, j’aimerais relire Pride and Prejudice en anglais, puis lire Bridget Jones dans la foulée =) . Un jouuur, quand j’aurai du teeeemps.

    • Merci beaucoup pour ton commentaire :).
      La web-série est vraiment pas mal. Il m’a fallu un moment avant de bien accrocher puis… Je ne pouvais plus lâcher mon écran !

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