[LMA + roman] Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles de Gyles Brandreth

J+1 : Le mois anglais commence aujourd’hui. Pour cette première participation, j’ai envie, bien sûr, que tout soit parfait. Je vous accueille donc en Angleterre avec un billet sur Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles de Gyles Brandreth, premier tome d’une série de 6 bouquins mettant en scène Oscar Wilde et ses amis poètes et écrivains en tant qu’enquêteurs.

Le 1er septembre 1889, Oscar Wilde se rend au 23, Cowley Street dans le quartier de Westminster. Il toque à la porte d’une maison en briques rouges, monte les marches quatre à quatre, ouvre la porte du meublé et tombe nez-à-nez avec le cadavre de Billy Wood, jeune garçon de 16 ans, beau comme un dieu grec, allongé sur le sol la gorge tranchée. Sonné, Wilde ne prévient pas la police, mais fait part de sa macabre découverte à ses deux chers amis Arthur Conan Doyle et Robert Sherard. Ils se rendent tout trois au petit appartement : rien ! Plus de corps, plus de sang, plus de bougies, plus de meubles. À croire que le dandy aurait été victime d’une hallucination. Néanmoins, un indice va pousser les trois artistes à mener l’enquête, accompagnés d’Aiden Fraser, inspecteur de Scotland Yard récemment nommé. Au même moment, Arthur Conan Doyle a publié Le Signe des Quatre, deuxième volet des aventures de Sherlock Holmes et Oscar Wilde a commencé à écrire ce qui sera certainement son plus grand succès : Le Portrait de Dorian Gray. Robert Sherard, arrière-petit-fils de l’illustre poète William Wordsworth, continuera à publier des articles journalistiques de-ci de-là tout en remplissant chaque jour les pages de son journal personnel. Ce journal est très précieux : d’une part parce que, comme le Dr. John Watson, Sherard y consigne tous les éléments nécessaires à l’enquête en y ajoutant une touche littéraire et dramatique ; d’autre part parce qu’il servira de base aux futures biographies qu’il composera sur Oscar Wilde (au nombre de 5).

Avec des personnages principaux aussi célèbres et talentueux, qui n’aurait pas envie de se plonger dans un roman comme celui-ci ? Gyles Brandreth a pris le parti de mêler astucieusement fiction et réalité : les lieux, les personnages, le contexte de l’époque sont mis au service du côté policier de l’œuvre. Oscar Wilde n’était pas enquêteur, bien sûr, mais d’après le portrait qu’en fait l’auteur, il n’est pas absurde de l’imaginer dans la peau de Sherlock Holmes — ou plutôt dans la peau de Mycroft Holmes car si l’on en croit M. Brandreth, Arthur Conan Doyle se serait inspiré de son ami pour créer le frère du célèbre détective. Ce mélange a de grands avantages — nous en apprenons énormément sur Londres et sur les personnalités artistiques importantes des années 1880–1890 —, mais aussi quelques inconvénients — où s’arrête le réel et où commence la fiction ? Oscar Wilde était-il comme décrit ?

Sans avoir rien lu du fameux dandy irlandais, je sais tout de même qu’il était assez imbu de lui-même : je pense qu’il s’aimait beaucoup, et que s’il faisait certainement un très bon ami, il fallait pouvoir supporter ses sautes d’humeur et son côté très théâtral. Ce qui ressort du roman, c’est qu’il apprécie les bons mots et ne manque jamais de se citer lui-même. Il mène tout le monde à la baguette et exerce un pouvoir sur les personnes qui gravitent autour de lui. Robert Sherard est totalement sous son emprise et ne peut s’empêcher de lui obéir, même si ses requêtes sont parfois étranges et son goût pour les cachotteries assez irritant. Finalement, nous pourrions dire qu’Oscar Wilde est un mélange entre Sherlock Holmes et Hercule Poirot : brillant, mais parfois suffisant et trop sûr de lui. Au contraire, Arthur Conan Doyle est profondément attachant : même s’il n’a que 28 ou 29 ans à l’époque, avec sa moustache de morse et ses manières de médecin de campagne, il me faisait penser au bon grand-père qui vous raconte des histoires au coin du feu. J’ai aussi apprécié le fait que les personnages secondaires ne passent pas à la trappe : Gyles Brandreth réussit en quelques lignes à nous donner une image précise de chacun et de leur caractère — un talent que, jusqu’alors, je réservais exclusivement à J.K. Rowling.

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles est riche en références culturelles, comme je le disais plus haut. J’étais véritablement plongée dans cette Angleterre fin de siècle, entre Jack l’Éventreur et le music-hall, au milieu des conflits politiques, au milieu des polémiques sur l’homosexualité et les pratiques sexuelles jugées contre-nature… C’est assez effrayant de voir qu’une loi contre l’homosexualité a été votée ces années-là et a plus ou moins causé la perte d’Oscar Wilde, qui a été condamné à deux ans de prison et de travaux forcés, puis à l’exil, sous ce chef d’accusation. Le roman m’aura donné envie d’en apprendre plus sur la vie du dandy, et de lire, enfin, Le Portrait de Dorian Gray, mais aussi L’Éventail de Lady Windermere ou De l’importance d’être constant.

En ce qui concerne l’enquête, j’avoue avoir été un peu déçue : j’avais trouvé le meurtrier bien avant les dernières pages — même si je ne m’étais pas cassé la tête au point de chercher un mobile et une méthode, j’avais une petite idée. Gyles Brandreth nous laisse des indices tout au long du livre ce qui en soit est très bien, puisque ça nous permet d’enquêter en même temps qu’Oscar Wilde. Néanmoins, j’aime bien être surprise, et ça n’aura pas été trop le cas pour ce tome-là. La résolution de la deuxième enquête, dans Oscar Wilde et le jeu de la mort, était bien plus étonnante — car oui, il se trouve que j’ai lu le tome 2 avant de lire le tome 1, il y a fort longtemps. Voyant une amélioration du premier au deuxième, je ne peux qu’être enthousiaste pour les prochains tomes.

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15 réflexions sur “[LMA + roman] Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles de Gyles Brandreth

  1. J’ai eu beaucoup de plaisir à lire ton article, ça m’a rappelé combien j’avais apprécié cette série (la raison est surtout parce qu’on a la « chance » de côtoyer des personnages illustres).
    L’auteur rend tellement vivants ces grands écrivains ! Tu dois absolument lire les pièces de Wilde, elles sont si amusantes. Surtout De l’importance d’être constant ^^
    Tu commences bien le mois en tout cas 😀

    • J’ai vraiment envie de lire les tomes suivants ! Je crois même que je vais pousser le vice jusqu’à me les acheter (a). Je note pour De l’importance d’être constant ! Ça amènera un peu de légèreté :).

  2. Ce n’est pas trop l’intrigue mais plus la réunion de tous ces personnages et l’ambiance… Si je peux en lire un pour notre mois, je lirai la suite avec Le cadavre souriant.

    • Exactement, l’intrigue en devient secondaire — même si j’aime bien enquêter avec les personnages tout de même ;). J’espère que tu pourras le lire ! J’espère aussi pouvoir continuer la série.

  3. Cette lecture m’avait enthousiasmée car elle rend vraiment hommage à Oscar Wilde et sa personnalité. Brandreth est un spécialiste de l’auteur et ça se sent. Malheureusement, je n’ai pas eu encore l’occasion de lire le deuxième tome mais je suis contente de savoir que tu l’as aimé encore plus que le premier.

  4. J’ai également préféré l’intrigue du second, lu aussi avant le premier ;-). J’aime beaucoup l’ambiance mais je trouve que c’est par moments un peu lourd, notamment je trouve un peu pesante l’admiration inconditionnelle du biographe pour Oscar Wilde.
    Je tente quand même le tome 3.

    • Heureuse de ne pas être la seule dans ce cas ;). J’ai oublié de l’ajouter dans ma chronique, mais je pense la même chose : l’admiration que tous les personnages ont pour Wilde — et donc l’auteur — est parfois un peu too much. Surtout que c’est une personne que je ne supporterais pas !
      Les enquêtes sont quand même bien fichues et agréables donc oui, lire les autres tomes ne me dérangerait pas non plus ;).

  5. Ton article m’a donné envie de jeter un oeil à la série. Ce qui m’embête avec des romans mettant en scène des personnes réelles, c’est de ne pas avoir les capacités de juger de la fidélité à leur personnalité… Ne connaissant personne, j’ai peur de me faire des idées fausses…
    Par contre, si tu cites Rowling, je me sens un peu obligée de lire n’importe quel livre de Brandreth 😀

  6. J’avais lu ce roman et je l’avais beaucoup aimé ! Je pense que le protrait qu’il dresse d’Oscar est assez fidèle, c’est l’image qu’on perçoit de lui à travers ses livres!

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