[Série] Miss Fisher’s Murder Mysteries de Deb Cox et Fiona Eagger

Alerte : fort taux de fangirlisme dans cet article. Âmes sensibles s’abstenir.
Pendant le mois anglais, je compte continuer à publier quelques articles « annexes » qui, je l’espère, ne passeront pas trop inaperçus. Aujourd’hui, je m’attaque à une série qui a véritablement changé ma vie — moi qui, hier encore, disait à une amie que je n’étais pas du genre à laisser une quelconque œuvre artistique influer sur mon quotidien. J’espère vous donner envie d’y jeter un œil. Gardez à l’esprit que je ne suis pas nécessairement objective !

Après plusieurs années passées à l’étranger, l’Honorable Miss Phryne Fisher rentre au pays. Et elle est bien décidée, malgré sa rente plus que considérable, à ne pas se tourner les pouces. Dès son arrivée, elle se retrouve mêlée à un meurtre : un homme, ami de sa tante Prudence, est mort chez lui dans des circonstances bien mystérieuses. Miss Fisher mène l’enquête et décide, après un succès retentissant, de s’établir en tant que détective privé, « lady detective » dans la version originale. Rien d’extraordinaire me direz-vous… Sauf que nous sommes à Melbourne. Dans les années 1920. Imaginez : une femme indépendante, aventureuse, prête à dégainer son pistolet si nécessaire, à observer un cadavre sous tous les angles sans ciller, le tout sous le regard de sa tante et de ses domestiques médusés et d’un inspecteur qui fait tout ce qu’il peut pour garder un semblant d’autorité.

La série a d’abord été diffusée sur France 3. Vous me dites années 1920, vous me dites « whodunnit », vous me dites même Australie, et je ne résiste pas. J’ai une fascination assez étrange pour l’Australie : c’est un pays que je ne connais pas, mais que je meurs d’envie de découvrir — même si la taille des insectes aurait plutôt tendance à me dissuader qu’autre chose. Miss Fisher’s Murder Mysteries (Miss Fisher Enquête en VF) comporte deux saisons de 12 épisodes, et un épisode de Noël. Malheureusement, la chaîne ABC n’a pas commandé de troisième saison pour des raisons soit-disant financières et d’audience : ils ont préféré miser sur de nouvelles séries, pouvant plaire à un public plus jeune. Cependant, Miss Fisher parvenait à réunir chaque semaine plus d’un million de téléspectateurs, score non négligeable pour la télévision australienne d’après ce que j’ai pu lire. J’ai l’espoir, peut-être vain, qu’ABC reviendra sur sa décision : une pétition pour leur faire changer d’avis circule actuellement sur internet.

Miss Fisher’s Murder Mysteries est l’adaptation d’une saga intitulée Phryne Fisher Historical Mysteries dont le premier tome a été écrit en 1989 par Kerry Greenwood. N’ayant pas lu les romans, je ne peux vous dire si la série y est fidèle. Apparemment, quelques éléments ont changé, sans pour autant que cela affecte grandement l’intention première de l’auteure. Comme vous pouvez le voir ci-dessus, il y a quatre personnages principaux : Miss Fisher (Essie Davis — la femme de Vermeer dans La Jeune Fille à la Perle), l’inspecteur Jack Robinson (Nathan Page), le sergent Hugh Collins (Hugo Johnstone-Burt) et Dorothy Williams (Ashleigh Cummings).

Si Miss Fisher est une femme libre qui n’a pas peur du qu’en-dira-t-on, Dot est beaucoup plus prude et timide. Elle officie en tant que dame de compagnie : elle s’occupe de faire la cuisine, de passer un coup de plumeau… Et d’accompagner Phryne dans ses enquêtes, plus ou moins malgré elle. Ces deux femmes que tout semble opposer s’entendent en vérité à merveille et ont beaucoup plus en commun que ce que l’on peut penser au premier coup d’œil. Ce duo fonctionne tantôt avec et tantôt contre l’autre duo Jack / Hugh. Jack Robinson est un inspecteur de police qui a bien du mal à se débarrasser de l’envahissante, omniprésente, et irritante Phryne Fisher. S’il a un peu de mal à s’affirmer dans les premiers épisodes, il trouve bien vite sa place et nous gratifie de répliques de plus en plus piquantes. Il est assisté de Hugh Collins, aussi timide que Dot, mais beaucoup plus maladroit et pas très sûr de lui. Néanmoins, c’est un jeune homme loyal, qui a des convictions, et pour qui son métier veut dire beaucoup.

Contrairement à certaines séries qui se concentrent exclusivement sur les personnages principaux et négligent les personnages secondaires (ou récurrents), Miss Fisher’s Murder Mysteries met en avant ceux qui entourent l’héroïne. Nous avons Mr. Butler, majordome de Phryne, qui est parfois… surprenant; Bert et Cec, deux chauffeurs de taxi qui rendent de menus services; Jane, la pupille de Miss Fisher; tante Prudence, très à cheval sur les conventions — ce qui rend les échanges avec sa nièce quelque peu tendus; et enfin le docteur Elizabeth MacMillan dite « Mac », personnage aussi peu conventionnel que son amie Phryne. J’avoue avoir un petit faible pour Mr. Butler et Bert (à gauche), mais je n’en dis pas plus.

Les relations entre les personnages évoluent de façon crédible au fil des saisons. C’est rafraîchissant de regarder une série un minimum réaliste, où les personnages ne tombent pas amoureux en deux secondes et où l’héroïne n’est pas partagée entre deux hommes tous les deux si fantastiques et si inaccessibles. Finesse, élégance, classe : voilà les ingrédients principaux qui font le sel de cette production de grande qualité. Je me suis beaucoup attachée à Jack pour ses fragilités, ses faiblesses, son côté profondément cynique et son humour — et son physique pas désagréable, ahem. Miss Fisher, toujours très positive et enjouée, contrebalance l’attitude parfois un peu plus sombre de l’inspecteur. Ils s’apportent beaucoup mutuellement, et leur attitude l’un envers l’autre, leur complicité, influe aussi sur les autres personnages, qui grandissent et mûrissent au fil des épisodes.

Ces quelques photos vous auront peut-être mis sur la voie… Je vais maintenant parler costumes. La costumière de cette série est un génie absolu. Miss Fisher ne porte presque jamais deux fois les mêmes vêtements, pour notre plus grand bonheur. C’est un défilé de mode des années 1920, avec cette touche d’exotisme, de modernité et d’originalité qui fait la personnalité de notre héroïne. Je suis profondément admirative du travail de Marion Boyce : je n’ose imaginer le nombre d’heures qu’il aura fallu pour créer et concevoir tout cela. Les plus impressionnants et les plus travaillés sont ceux de Phryne, mais les costumes de Jack sont particulièrement bien taillés — prêtez attention à ses cravates, très fin années 1920–début années 1930, avec leurs motifs géométriques. Les robes de Dot sont moins flamboyantes, mais tout aussi délicates. Un véritable plaisir pour les yeux.

Quant aux décors, la maison de Miss Fisher mériterait un roman à elle seule. Son architecture est très particulière, et l’intérieur est décoré avec énormément de goût. Tout est dans le détail. Au-delà de cela, nous passons de riches propriétés à des appartements sordides, de la mer à l’Hinterland, du cirque au cabaret. Ce qui est fantastique, c’est que nous passons d’un monde à l’autre très naturellement, nous n’avons aucun souci pour nous projeter. Les enquêtes se déroulent dans des milieux très différents à chaque fois, ce qui nous permet d’avoir une vision assez globale de l’Australie à cette époque, au niveau de la géographie du pays, mais aussi au niveau social.

Effectivement, chaque enquête donne lieu à une réflexion sur un thème spécifique : l’homosexualité, la religion, la Première Guerre mondiale, etc. Bien sûr, vous n’aurez pas une connaissance approfondie de la société australienne des années 1920–1930, mais vous en aurez un aperçu. Le tout est très bien amené. Même les enquêtes, qui ne sont pas aussi tarabiscotées que dans Hercule Poirot ou Miss Marple, sont plutôt bien ficelées. Je n’ai pas eu l’impression que la solution m’était servie sur un plateau dès le début et que le côté « policier » de la série ne soit qu’un prétexte, bien au contraire. D’ailleurs, je crois n’avoir jamais véritablement trouvé le coupable avant Jack et Phryne.

Miss Fisher’s Murder Mysteries est une série qui ne laisse de côté aucun détail, comme vous avez pu vous en rendre compte. La musique y a aussi une place très importante. Vous pouvez trouver sur Deezer la bande originale de la première saison et de la deuxième saison, à écouter sans modération. Le choix des chansons achève de créer une ambiance très Années Folles. Profitez aussi de l’articulation parfaite d’Essie Davis : Miss Fisher est la seule série que je peux regarder sans sous-titres. Les personnages s’expriment bien, et même ceux qui ont un fort accent « ouvrier » ajoutent au charme général.

Miss Fisher’s Murder Mysteries est une série de qualité, élégante et raffinée, drôle, intelligente et tellement agréable à regarder. J’ai déjà regardé deux fois chaque saison, d’un bout à l’autre, et je suis prête à la regarder une troisième fois. Je sors de chaque épisode avec un sourire grand comme ça, des étoiles dans les yeux, et de la joie dans le cœur. Le sort de certains m’émeut, mais jamais au point de pleurer — moi qui suis pourtant une véritable madeleine. Je ne reproche pas à la série son manque de sentimentalisme et de mélodramatisme… Je suis simplement heureuse de pouvoir sourire comme une idiote devant mon écran. Et j’espère que ce sera bientôt votre cas ! Quant à moi, il ne me reste plus qu’à vendre un rein pour m’acheter les DVDs et à lire les romans.

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8 réflexions sur “[Série] Miss Fisher’s Murder Mysteries de Deb Cox et Fiona Eagger

  1. « Je n’étais pas du genre à laisser une quelconque œuvre artistique influer sur mon quotidien. » Ah bon ? Je me suis jamais fait la réflexion mais je crois vraiment que certains livres et séries me sont tellement importants que j’y pense au quotidien. (Non non, je n’ai pas DU TOUT un portrait de Cumberbatch sur mon bureau :P).
    Tu sais ce que je pense de cette série désormais (j’en avais aussi parlé sur mon blog quand j’avais commencé à la regarder !). C’est clairement grâce à toi si je me suis tournée vers elle car je ne connaissais pas avant ! Tu sais également quels sont mes personnages chouchou ^^
    D’ailleurs je viens de signer la pétition pour sauver cette formidable série. L’espoir fait vivre !
    Je n’ai pas fait vraiment gaffe aux musiques par contre à part celle du générique >< C'est souvent le cas quand je suis concentrée sur une intrigue.. J'écouterai sur Deezer !
    Je t'aurais très bien vu vivre en Australie à cette époque vêtue comme Phryne (et moi comme Dot) 😛

  2. Ah oui, les costumes sont superbes ^^ (tu as raison, c’est un génie cette costumière =D)
    En tout cas, merci pour cette découverte ! Moi qui souhaite en apprendre plus sur l’Australie ça peut être un moyen très ludique 🙂 Et l’ambiance a l’air géniale !

    • Et encore, je n’ai montré qu’un petit échantillon qui ne rend pas justice au travail merveilleux de cette costumière !
      On en apprend un peu plus sur l’implication de l’Australie dans la Première Guerre mondiale, mais ne t’attends pas à être un puits de science à la fin de la série ;). C’est surtout agréable de changer un peu de paysage : ce genre de série a souvent lieu en Angleterre, donc c’est plutôt sympa. Une autre série plus sombre, mais tout aussi intéressante : The Doctor Blake’s Mysteries. J’ai beaucoup aimé. Et une troisième saison est en cours de production (a).

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