[LMA] Quand les Français s’emparent de la reine du crime

J+5 : Le mois anglais continue avec un deuxième article ! Cette fois-ci, je me propose de mettre en avant quelques productions françaises en lien avec Dame Agatha Christie. Si elle est fort appréciée en Angleterre, si les Britanniques nous ont déjà gâtés avec de merveilleuses adaptations, la France s’est plus ou moins emparée du phénomène… Pour notre plus grand bonheur !

Depuis quelques années, j’avais pour habitude, pendant les vacances, de me brancher sur TMC à 13h35 précisément pour suivre les aventures de mes deux détectives préférés, Hercule Poirot et Miss Marple. Malheureusement, la chaîne a changé sa programmation et si j’aime beaucoup New York, Police Judiciaire, j’aurais préféré continuer à revoir en boucle les épisodes des deux séries britanniques. Cependant, en parallèle, France 2 nous proposait quelque chose de fantastique : une adaptation française des romans de la célèbre romancière dans la série Les Petits Meurtres d’Agatha Christie. Il ne m’aura fallu que le titre pour me convaincre que je devais absolument la regarder.

La première saison met en scène le commissaire Jean Larosière et son assistant-inspecteur Émile Lampion. Ils mènent leurs enquêtes dans une France de la fin des années 1930 — l’épisode pilote, me dit mon cher ami Wikipédia, se déroule en 1939 — et sont les équivalents bien français d’Hercule Poirot et du capitaine Hastings. Larosière a une âme de poète, de romantique, de littéraire, il aime séduire les femmes et est plutôt sûr de lui; Lampion est plus effacé, assez timide et maladroit, drôle et profondément touchant. Les deux forment un duo explosif : les deux personnages ne semblent pas se comprendre, mais travaillent tout de même de concert et sont très attachés l’un à l’autre, malgré les apparences.

Le commissaire est brillamment interprété par l’excellent Antoine Duléry. C’est un acteur absolument formidable, très expressif, et très théâtral — ça colle donc parfaitement au personnage de « diva » de Larosière. On sent qu’il s’amuse et qu’il ne se prend pas trop au sérieux; il se dégage de lui une bonne humeur et un bonheur de jouer très communicatifs. Quant à l’inspecteur, il est campé par Marius Colucci, que j’ai découvert grâce à la série. Comme Antoine Duléry, il est très expressif, et il ajoute cette sensibilité qui le rend si attachant. L’épisode le plus marquant pour moi a été celui intitulé La Plume empoisonnée.

Un immense travail a été fait sur les décors et les costumes. Si je suis une fan inconditionnelle des États-Unis et de l’Angleterre des années 1930 (pour les robes… et les paysages), je suis aussi toujours ravie de voir la France d’avant, avec ces écoliers en uniformes, ces petites brasseries pittoresques, ces voitures, ces villes qui ressemblaient à des villages, ces châteaux anciens occupés par des familles aristocratiques, etc. L’intrigue se déroule dans le Nord-Pas-de-Calais, région que je ne connais absolument pas, et apparemment, les épisodes ont quasiment tous été tournés là-bas — important à préciser, car ce n’est pas le cas pour toutes les séries.

Pour la saison 2, nous accueillons un nouveau duo : l’inspecteur Laurence et la journaliste Avril. Contrairement au duo précédent, ces deux-là ne sont pas censés travailler ensemble. Disons qu’Alice Avril est plutôt insistante… Et ne laisse donc pas tellement le choix à l’inspecteur, qui se serait bien passé d’un fardeau pareil. Nous changeons d’époque, mais de région : nous sommes dans les années 1950, période du rock’n’roll, des vestes en cuir et des chemises à carreau. La jeune journaliste s’habille comme un garçon, ne connaît pas les bonnes manières, et parle comme une poissonnière. Swan Laurence, lui, est très à cheval sur ses principes, il porte toujours un costume nickel, n’est pas forcément très aimable — il est même assez glacial —, et est une figure autoritaire. Les deux sont de parfaits opposés. Mais à partir du moment où Alice s’est infiltrée dans la première enquête, elle ne lâche plus l’inspecteur. Au milieu de tout ça, nous avons Marlène, la secrétaire de Laurence, pas très fut-fut, mais sympathique — elle a l’avantage d’avoir un physique pas désagréable, à défaut d’avoir un cerveau vif.

Cette série m’a fait découvrir trois acteurs : Samuel Labarthe dans le rôle de l’inspecteur, Blandine Bellavoir dnas le rôle d’Alice, et Élodie Frenck, primée pour son interprétation de Marlène. Mention spéciale à Françoise Fabian qui interprète la mère de Laurence, et qui est bien plus « libérée » qu’il ne le sera jamais — moins coincée, si l’on peut dire. Elle s’entend d’ailleurs très bien avec Alice, ce qui, comme vous vous en doutez, ajoute à la haine qu’éprouve Swan à son égard. Je dois avouer que j’ai été un peu dubitative au début : c’était un nouveau duo, très différent de Larosière–Lampion, Alice Avril était un peu énervante, un peu « too much », puis une fois la surprise passée, je me suis attachée aux personnages. J’aime le côté froid et cynique de Laurence, la vivacité et le côté « je vais pas me laisser marcher sur les pieds » d’Avril. Leur relation est aussi très amusante; ils ne cessent de s’envoyer des piques et de se voler dans les plumes. J’attends avec impatience les prochains épisodes…

 

Changeons maintenant de réalisateur, mais pas d’univers. Parlons un peu de Pascal Thomas, qui est à l’origine de 4 films et téléfilms tirés de romans d’Agatha Christie. Je n’ai pas vu le dernier, Associés contre le crime, sorti en 2012. Apparemment, il est un peu décevant, mais j’espère tout de même le regarder à un moment ou à un autre, ne serait-ce que pour me faire ma propre idée sur la question.

Le premier film, sorti en 2005, est Mon petit doigt m’a dit, adapté du roman du même nom et qui met en scène Prudence et Bélisaire Beresford (Tuppence et Tommy dans la version originale), un couple un peu particulier. Bélisaire travaille plus ou moins pour les renseignements généraux, et il est suggéré que Prudence est une ancienne espionne. Alors qu’ils vont rendre visite à leur tante dans une maison de retraite, Prudence se retrouve à discuter avec une vieille femme, un peu folle, qui lui parle d’un enfant derrière une cheminée. Si cela n’inquiète pas trop Bélisaire, Prudence va immédiatement chercher à en savoir plus et commencer à mener sa propre enquête. Elle va être amenée à se rendre en Savoie, dans un petit village où les non-dits ont une place importante et où tout le monde n’est pas ce qu’il semble être. Bien sûr, tout cela se fera à l’insu de son mari.

Le film est passé sur France 2 il y a peu pour la je-ne-sais-pas-combientième fois, mais je l’ai regardé avec autant de plaisir que la première. J’ai aussi pu comparer avec l’adaptation britannique de Mon petit doigt m’a dit, une enquête attribuée à Miss Marple et que j’avais beaucoup aimée. Il me semble que la version anglaise est plus fidèle au roman — ce serait logique —, mais la version française a le mérite de me faire rire.

Dans la même « série », nous avons Le crime est notre affaire, sorti en 2008, adapté du roman Le Train de 16h50. Le tante de Prudence est témoin d’un meurtre commis dans un train qui passait en parallèle du sien. Elle en fait part à la police, mais on lui rit au nez. Il ne lui reste plus qu’à en discuter avec sa nièce, qui va sauter sur l’occasion et s’infiltrer dans la propriété qui jouxte l’endroit où le cadavre aurait été jeté, en tant que cuisinière. Et encore une fois, Bélisaire n’est pas au courant. Nous avons une farandole de personnes tous plus suspects les uns que les autres, interprétés par des acteurs formidables : Claude Rich, Chiara Mastroianni, Melvil Poupaud, Hyppolite Girardot, etc. C’est jubilatoire, c’est délicieusement surranné, même si l’enquête se déroule dans les années 2000. Comme pour Mon petit doigt m’a dit, c’est comme si nous étions replongés dans les années 1950… Mais avec quelques équipements un peu plus modernes.

Maintenant que j’ai mentionné ces deux films, il me faut parler de Catherine Frot et d’André Dussollier. Je me rends compte que je n’ai pas vu grand-chose mettant en scène André Dussollier… C’est une grande perte. Je trouve son jeu extraordinaire, tantôt sérieux, tantôt drôle, ne pouvant dire non à sa femme et se plaisant aussi à jouer les détectives quand il le peut. Catherine Frot est tout aussi fantastique. Elle a cet air un peu « dans la lune », comme si elle venait d’un autre monde, mais elle est hilarante. C’est une femme forte, sûre d’elle, qui ne s’en laisse pas conter et pour qui l’enquête passe avant tout le reste. Les deux acteurs forment un couple crédible, moderne, amusant et attachant.

Entre les deux films mentionnés ci-dessus, Pascal Thomas a sorti L’Heure zéro, encore une fois adapté du roman éponyme d’Agatha Christie. Camilla Tressilian invite son neveu, Guillaume Neuville, sa femme, Caroline Neuville, et son ex-femme, Aude Neuville dans son manoir de La-Pointe-aux-Mouettes. Sont aussi présents sa secrétaire, un ami de Caroline, les domestiques… Et puis un beau jour, Camilla Tressilian est retrouvée morte dans son lit. L’inspecteur Martin Bataille est en charge de l’enquête. Évidemment, tout n’est pas simple : vengeance ? Préméditation ? Héritage ? Toutes ces questions tournent et tournent, jusqu’à ce que Bataille trouve la réponse. Nous sommes en Normandie, les paysages sont sublimes, la maison est somptueuse, comme pour les deux autres films, l’ambiance est assez « vintage ». Que ce décor ne nous trompe pas, la menace rôde.

Le casting est impressionnant : Danielle Darrieux, François Morel, Laura Smet… L’inspecteur est un peu fou, Caroline Neuville est hystérique, la secrétaire est bien trop calme. C’est peut-être le film qui m’a le moins marqué malgré tout. Autant j’étais en admiration devant décors et costumes, autant l’intrigue est tombé un peu à plat à mon goût, alors que c’est un de mes épisodes préférés de Miss Marple. J’ai beau l’avoir vu il y a peu, il m’en reste peu de souvenirs. J’aurais plutôt tendance à me diriger vers les Beresford pour un peu de réconfort et pour me divertir. Il n’en reste pas moins qu’il y a quelque chose de très satisfaisant à voir cette enquête se dérouler sur le sol français.

 

J’espère, avec ce modeste article, vous avoir donné envie de vous intéresser à l’une ou l’autre de ces interprétations de l’œuvre de Dame Agatha. Certes, vous observerez des similitudes, les deux ayant pris le parti de l’humour et du côté décalé. Les trois duos, Larosière-Lampion, Laurence–Avril ou Prudence-Bélisaire, sont très différents, mais tous attachants. J’avoue que je m’enchaînerais bien quelques épisodes des Petits Meurtres d’Agatha Christie maintenant…

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15 réflexions sur “[LMA] Quand les Français s’emparent de la reine du crime

  1. Ah j’ai trouvé (enfin grâce à toi) bon ben je ne vais pas refaire tout le comm mais je vais chercher les épisodes adaptés de l’heure zéro 🙂 qui qu’en soit les héros puisqu’ils changent tout le temps… j’aime bien le superintendant Battle moi, il a un côté solide qui me convient 🙂

  2. Magnifique article !! J’avais beaucoup aimé les films avec Dussolier et Frot, beaucoup moins L’heure zéro. Je crois qu’au fond, je suis trop imprégnée des séries anglaises (et je vous un culte à David Suchet)

    • David Suchet est irremplaçable, ça c’est clair ! J’essaie de me détacher de la série britannique quand je regarde les adaptations françaises. C’est tout à fait autre chose :).

  3. J’ai aimé la série et ces deux saisons ! Elles sont surprenantes, surtout pour le personnage de Lampion qui dévoile sa personnalité dans le premier épisode… ou le second peut-être ! C’était émouvant.
    J’ai hâte aussi de voir la suite !

  4. Je n’ai pas trop aimé L’heure zéro, je trouve que le jeu de Laura Smet, hystérique, comme tu dis, ne convenait pas. Le roman en revanche est excellent.
    J’adore les aventures de Beresford et d’ailleurs j’aime beaucoup Jean Dussolier et Catherine Frot. Mais j’ai quand même une petite préférence pour les séries ou films britanniques car je trouve que dans les adaptations françaises on perd cette atmosphère anglaise qui est l’un des charmes des romans d’Agatha Christie.

    • Laura Smet est excessive, je suis tout à fait d’accord. J’avais envie de la baffer par moments. Je n’ai pas encore lu le roman, mais si tu me dis qu’il est excellent, pourquoi pas ! :). C’est sûr que l’adaptation française n’a pas nécessairement le charme tout britannique d’Hercule Poirot ou Miss Marple. Je regarde les deux dans une optique différente, du coup. Ça me permet d’apprécier les séries britanniques et les adaptations françaises à leur juste valeur :).

  5. J’ai adoré les deux premiers films de Pascal Thomas avec les Beresford mais le troisième… pfff du grand n’importe quoi.
    Je n’ai jamais vu Les petites meurtres d’Agatha Christie, ça ne me tente pas vraiment, mais du coup là en en parlant je reverrais bien Miss Marple version BBC.

    • Tu m’avais bien dit que le troisième n’était pas extraordinaire. Quel dommage, le duo fonctionne si bien… Il faudrait tout de même que tu regardes un épisode des Petits Meurtres d’Agatha Christie ;). C’est plutôt drôle et bien fichu.

  6. Très intéressant, cet article !! Je suis fan du film « Le crime est notre affaire » (moins du premier volet et par contre, le 3ème ne m’a pas convaincue du tout !). J’adore le mélange des époques qu’on y trouve… et l’interprétation de C. Frot et d’A. Dussollier !

    • C’est difficile de savoir si nous sommes dans les années 50, 60 ou à notre époque ! C’est, évidemment, voulu, et ça ajoute au charme général de cette adaptation. Le crime est notre affaire est celui que j’ai le plus regardé, mais l’humour du premier m’a plus marquée.

  7. Les petites meurtres d’Agatha Christie c’est trop biiien o/
    Même si j’ai quand même une préférence pour la saison 1 et pour Lampion ! La saison 2 est totalement différente, et si j’adore l’inspecteur misogyne et sa secrétaire un peu bébête, j’accroche moins au personnage d’Alice..
    Je ne sais plus lesquels des films de Pascal Thomas j’ai regardé, ça se mélange un peu dans ma tête x) Mais j’aime bien Frot et Dussollier !
    Très bonne idée d’article !

  8. Billet très intéressant! En ce qui concerne Les Petits Meurtres d’Agatha Christie, j’ai largement préféré la 1re version avec Marius colucci et Antoine Duléry avec laquelle je me suis davantage diverti. J’ai vu Mon petit doigt m’a dit que j’ai plutôt aimé. Il faudrait que je visionne le suivant un jour. J’aime beaucoup la classe de Catherine Frot!

  9. Merci pour cet article qui résume tout ce que je pense de « Agatha Christie à la française ». J’ai eu un véritable coup de foudre pour « Les petits meurtres d’Agatha Christie » quand les 4 premiers épisodes étaient sortis. C’était « Petits meurtres en famille » et c’est ensuite, devant le succès remporté par cette mini-saga, que les scénaristes/producteurs/réalisateurs ont décidé de continuer à adapter des romans d’Agatha Christie à l’unité avec des personnages récurrents. Pour la petite anecdote, je travaillais à Paris quand cette série est passée, et quelle n’a pas été ma surprise en voyant un des acteurs débarquer à la bibliothèque (Alexis Michalik qui interprète Richard, un des domestiques et ami de Lampion) !
    Du coup, j’adhère moins au second duo Avril/Laurence.
    Quant aux films, comme la plupart d’entre vous j’ai adoré les deux premiers, et je n’ai pas compris ce qui s’est passé pour la troisième adaptation, qui n’avait ni queue ni tête. J’ai aimé « L’heure zéro » malgré le mauvais jeu de Laura Smet, parce que celui de François Morel est irrésistible, et que le film a été tourné dans ma région d’origine, dans de somptueux paysages que je connais bien. Ca aide…
    Désolée pour la longueur du commentaire, je ne sais pas faire court.

    • Samedi dernier, j’ai regardé les deux premiers épisodes de Petits Meurtres en Famille, et je mets enfin un visage sur cet Alexis Michalik ! Am Stram Gram passe vendredi… On dirait que France 2 se remet à l’heure zéro ;). Le duo Avril/Laurence revient à la rentrée, j’ai vraiment hâte. Je sais qu’il rencontre un peu moins de succès, mais c’est un véritable plaisir de les voir interagir tout de même.

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