[Film] You’ve Got Mail de Nora Ephron

The Shop Around The Corner est une petite institution dans le quartier ouest de New York. Kathleen Kelly est l’heureuse propriétaire de cetre charmante librairie pour enfants, qu’elle a héritée de sa mère et dans laquelle elle a passé une grande partie de son enfance. Elle mène une vie tranquille, ponctuée par la réception, tous les jours, d’un mail d’un certain « NY152 ». « NY152 », c’est Joe Fox, qui, avec son père et son grand-père, est à la tête d’un empire du livre, Fox Books. Un magasin de la grande chaîne va prochainement ouvrir ses portes, non loin de The Shop Around the Corner. « Shopgirl » et « NY152 » s’entendent à merveille ; Kathleen Kelly et Joe Fox vont se détester.

You’ve Got MailVous avez un message — est une comédie romantique intelligente. Je l’ai découverte lorsque j’étais encore au collège, dans ma période midinette fan des histoires d’amour niaises et faciles. Une amie m’avait invitée chez elle, et m’avait proposé de voir ce film que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam. Le coup de cœur fut immédiat : je n’avais pas encore vu les acteurs que la première chanson m’avait séduite et promettait un joli moment de cinéma. À l’époque, je n’avais pas de compte Facebook, mais je passais mes soirées sur MSN à raconter je-ne-sais-trop-quoi (en tout cas, je suis sûre que ça devait être passionnant). Si la conversation était instantanée, elle avait tout de même un certain charme. Dans You’ve Got Mail, Kathleen et Joe correspondent via mails. Ils attendent avec impatience ce petit pop, ce petit « You’ve Got Mail » qui a le pouvoir de les couper totalement du monde qui les entoure. Ils vivent dans leur petit univers, discutant de tout et de rien, savourant la compagnie virtuelle de l’autre. Kathleen sort avec Frank et Joe sort avec Patricia. Alors recevoir des mails d’un ou d’une inconnu(e) est une petite aventure. Modeste, mais excitante.

The odd thing about this form of communication is that you’re more likely to talk about nothing than something. But I just want to say that all this nothing has meant more to me than so many somethings.

Au lieu de diaboliser cette communication virtuelle, Nora Ephron en dresse une image positive, tout en mettant en avant les difficultés qu’elle peut occasionner. Nous avons ces deux individus qui se détestent lorsqu’ils conversent IRL (= In Real Life), mais qui développent une amitié profonde via Internet. Sans aller trop loin, cela pose tout de même la question de l’identité : est-on la même personne derrière un écran ? Si non, est-on véritablement nous à travers la discussion virtuelle ou à travers une discussion en face-à-face ? Le film aborde aussi le combat des librairies indépendantes face aux géants du livre : le service est différent, l’offre est différente, la démarche est différente… Les deux peuvent-ils coexister ? Mais je m’éloigne un peu et m’emballe.

You’ve Got Mail, comme je le disais, c’est une comédie romantique entre deux personnes a priori pas faites l’une pour l’autre. L’alchimie entre Meg Ryan et Tom Hanks est évidente : la première a l’air à la fois naïve et sûre d’elle, et le second, malgré son assurance, est un homme plutôt sensible. Il a de l’humour, elle a de l’esprit. Il ne se laisse pas faire, elle ne se laisse pas faire. En tant que spectateur, nous voulons avoir ces deux-là comme amis. J’aimerais partager une conversation avec Joe, parce qu’il est drôle et a ce petit quelque chose qui vous fait fondre, mais j’aimerais aussi écrire à Kathleen, l’écouter parler des petits riens de la vie qui se transforment en grands bonheurs au quotidien. Oui, il y a un peu de guimauve, oui, c’est parfois un peu niais, mais c’est tellement beau, c’est tellement satisfaisant, et ça fait tellement rêver, que l’on finit par s’en moquer totalement. Ce film vend du rêve qui sonne vrai ; ce ne sont pas des sex symbols, leurs conversations sont intelligentes, et ils ont des réactions d’êtres humains normaux. C’est presque comme si Nora Ephron voulait nous faire croire que ça pouvait arriver à n’importe qui.

Sometimes I wonder about my life. I lead a small life – well, valuable, but small – and sometimes I wonder, do I do it because I like it, or because I haven’t been brave? So much of what I see reminds me of something I read in a book, when shouldn’t it be the other way around? I don’t really want an answer. I just want to send this cosmic question out into the void. So good night, dear void.

Certains passages, comme celui cité ci-dessus, m’ont beaucoup touchée. Je n’y avais que peu prêté attention lors du premier visionnage. Maintenant, à chaque fois que je revois You’ve Got Mail, je découvre quelque chose de nouveau : une blague que je n’avais pas comprise, un mot d’esprit, une émotion qui se lit sur le visage des personnages. J’aime l’image que ce film nous donne de New York, ou du moins du quartier dans lequel Kathleen et Joe vivent : un petit village perdu au milieu d’une jungle urbaine. Je savoure avec toujours autant de plaisir la bande originale très années 1990. Et pour clore cet article, je laisse le soin à Joe Fox de vous faire part de l’une de ses analyses psycho-commerciales les plus brillantes :

The whole purpose of places like Starbucks is for people with no decision-making ability whatsoever to make six decisions just to buy one cup of coffee. Short, tall, light, dark, caf, decaf, low-fat, non-fat, etc. So people who don’t know what the hell they’re doing or who on earth they are can, for only $2.95, get not just a cup of coffee but an absolutely defining sense of self: Tall. Decaf. Cappuccino.

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12 réflexions sur “[Film] You’ve Got Mail de Nora Ephron

  1. Tu sais que je ne suis pas fan des films romantiques, mais j’avais déjà entendu parler de celui-ci et il me tentait bien. Ton article ne faire que renforcer cette envie, et j’espère pouvoir le visionner un de ces soirs, surement durant mon jour de congé.

    • Je sais que tu n’en es pas fan. Et laisse-moi te prévenir : c’est un peu niais rose bonbon. Mais pas un niais désagréable, bien au contraire. Ça donne pas envie de s’arracher les cheveux et de se taper la tête contre un mur. J’ai hâte de connaître ton avis !

  2. J’en avais pas gardé un souvenir impérissable, mais probablement parce que j’étais biaisée par la façon dont je l’avais eu (points Warner, yay, y avait que des films bof, donc du coup ça m’a p’tet influencée).
    Pour leur relation IRL, je pense qu’elle est clairement ternie par leur jobs respectives, souvent quand y a un point de concurrence ou d’opposition, on ne voit plus que l’autre à travers ça, alors que ça passerait probablement bien s’ils regardaient derrière. Bref, faudra que je le revois pour me refaire un avis. 🙂

    • Tssss, il faut vraiment que tu corriges ça en le regardant à nouveau. De force, s’il le faut.
      C’est vrai que le travail influence leur façon de se voir l’un et l’autre… Ça fait réfléchir en tout cas !

  3. Vu il y a quelques années et je n’avais pas été séduite. Je joue les rabats-joie  😛
    Mais les citations que tu fais du film me donnent envie de le revoir, je l’apprécierai peut être davantage maintenant ! Dommage que j’aie revendu mon DVD héhé

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