[Film] La Vie Rêvée de Walter Mitty de Ben Stiller

Ben Stiller est connu pour ses rôles de looser : Gaylord Focker dans Mon Beau-Père et Moi, puis dans Mon Beau-Père, Mes Parents et Moi ; Larry Dayley dans La Nuit au Musée, ou encore un David Starsky un peu ridicule dans Starsky et Hutch. Souvent cantonné à ce genre de personnages, il n’en demeure pas moins un excellent acteur, et nous le prouve dans La Vie Rêvée de Walter Mitty, film dont il est aussi le réalisateur. Je l’associe souvent à Owen Wilson non pas parce qu’ils ont joué ensemble, mais parce que tous deux font partie de ce groupe d’acteurs sous-estimés… Ils ont de grandes possibilités, ils pourraient faire de la comédie comme du drame, mais on ne leur en laisse pas assez l’occasion.

Walter Mitty est un grand rêveur. Si grand qu’il lui arrive parfois d’être totalement déconnecté de la réalité l’espace de quelques secondes. Il mène une petite vie tranquille d’employé de bureau pour le magazine Life, sa vie sociale est au point mort, et s’il est attiré par sa collègue de travail, Cheryl Melhoff, il n’ose pas faire le premier pas. Au magazine Life, son travail consiste à gérer/archiver/développer les négatifs de photos. Un jour, il reçoit une pellicule de Sean O’Connell, célèbre photographe avec qui il travaille depuis de nombreuses années. La 25ème photo devrait faire la couverture du prochain Life Magazine… Mais elle est manquante. Pour retrouver le négatif, Walter Mitty va tenter par tous les moyens de joindre O’Connell, qui ne reste jamais plus de quelques heures ou quelques jours au même endroit, et qui voyage dans les coins les plus reculés du monde. Un défi de taille pour Walter, qui n’est jamais sorti des États-Unis !

L’imagination est le refuge de Walter Mitty. Effacé et timide, il ne parvient à s’affirmer et sa vie n’est qu’une suite de « c’est ça que j’aurais dû lui répondre ! » ou « j’aurais dû saisir cette chance au moment où elle se présentait ». Impossible de ne pas s’identifier à ce personnage attachant, à ce looser que nous sommes tous plus ou moins. Tout semble tellement mieux dans les livres ou dans les films où les héros et héroïnes vivent des aventures absolument fantastiques. Même les drames, à condition qu’ils soient romancés ou portés à l’écran, deviennent attirants. Tout plutôt que cette vie monotone qui est la nôtre. Walter Mitty est bien plus à l’aise dans ses rêveries que dans sa propre vie. Le risque est celui-ci : à force de vouloir mieux, à force de faire travailler notre imagination de sorte à ce qu’elle prenne le dessus sur le quotidien, nous finissons par vivre par procuration… Et pas ne rien faire. Penser ou agir ? Arrive un moment où un choix doit être fait.

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Par chance, la possibilité d’une aventure se présente à Walter. Pour la première fois de sa vie, il va agir spontanément et se lancer. Il suffit parfois d’un voyage pour tout changer. Et quel voyage ! Du Groenland à l’Islande, des États-Unis aux montagnes de l’Himalaya, notre héros découvre des paysages à couper le souffle, le bonheur d’être libre, et la joie que procurent de nouvelles rencontres. Ben Stiller nous offre un magnifique moment de cinéma, et nous donne la sensation que, nous aussi, nous avons décollé nos fesses de notre canapé et sommes partis loin, très loin de notre zone de comfort, très loin de tout ce que nous connaissons. Il n’est pas tombé dans le travers de la sur-enchère : Walter Mitty ne sera pas fait prisonnier dans un camp afghan et ne se fera pas attaquer par des loups au milieu de la nuit. C’est un récit de voyage, dans toute sa beauté et sa simplicité, et même s’il y a quelques scènes d’action mémorables, elles ne sont pas gratuites, elles font écho aux fameuses rêveries du personnage.

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Ben Stiller incarne un Walter Mitty touchant, mais aussi drôle. Sean Penn, dans le rôle de Sean O’Connell, hérite d’une des plus belles scènes du film : il est peu présent, mais ces quelques minutes à l’écran vous marquent à jamais. Adam Scott est un terrible manager, totalement inculte, et très cruel. Kristen Wiig joue Cheryl Melhoff, une femme comme il y en a tant d’autres, avec un enfant à charge, un ex-mari, un métier tout ce qu’il y a de plus normal, et une vie bien rangée. Elle est à l’écoute, et est plus ou moins la force motrice de Walter. Ajoutons à cela Shirley MacLaine dans le rôle de la mère de notre héros, et nous avons un casting 4 étoiles… Sans oublier les formidables acteurs secondaires, dont quelques-uns d’origine islandaise me semble-t-il, qui donne au film tout son sel.

Comme si ce film n’avait déjà pas tous les ingrédients pour être fantastique, il fallait que la bande originale soit extraordinaire. La musique est légère, douce, parfaitement adaptée aux paysages qui défilent sous nos yeux, mais aussi à la vie que mène Walter Mitty. Il y a une progression tout au long de l’histoire, et on alterne entre morceaux strictement musicaux et chansons. La bande originale est signée Theodore Shapiro, avec la participation de l’excellent José Gonzalez, dont Step Out est certainement l’une des chansons les plus connues. On y trouve aussi un titre de Of Monsters and Men, un titre de David Bowie ou encore de Jack Johnson.

D’aucuns diront que le message n’est pas nouveau – le film est adapté d’une nouvelle de James Thurber écrite en 1939 et certains le comparent à Forrest Gump, que je n’ai pas vu… -, mais la manière dont il est transmis m’a semblée subtile, sans trop de mièvrerie ou de condescendance. La Vie Rêvée de Walter Mitty est un film intelligent – aucune citation pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte -, qui ne tombe pas dans les travers du cinéma américain, qui alterne entre action et contemplation, et n’émet aucun jugement sur la vie des gens ordinaires. C’est un appel à vivre ses rêves, tout simplement, quitte à revenir ensuite à notre quotidien bien tranquille. Agir au lieu de penser, apprendre à lâcher prise… Dans un monde où les obligations professionnelles prennent bien souvent le dessus sur nos envies personnelles, ce film est une véritable bulle d’air : à la fois positif et réaliste, il nous invite à profiter de ce que l’on a en face de nous et d’oublier un instant nos belles chimères.

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12 réflexions sur “[Film] La Vie Rêvée de Walter Mitty de Ben Stiller

  1. J’avais envie de le voir lorsqu’il est sorti en cinéma, mais je n’en ai malheureusement pas eu l’occasion. Et comme en plus je n’avais vu aucun avis sur ce film, j’hésitais un peu… Maintenant je compte me rattraper !! Merci pour cette chronique qui m’a (re)donné envie de le voir ^^

  2. Alors, 1- je suis très contente que Walter Mitty t’ait plu. J’en garde un excellent souvenir, j’ai trouvé la photo absolument magnifique (et je rebave de nouveau devant les extraits que tu as choisis), et je suis un peu triste qu’il ait été un peu défoncé par la presse…
    2- Je suis tout à fait d’accord avec toi sur le potentiel d’Owen Wilson (mais lui il a la chance d’être chouchouté par Wes Anderson) et Ben Stiller. D’ailleurs, ses rôles de débile ne sont vraiment drôles que quand il touche lui-même au film, je trouve.
    et 3- regarde Forest Gump.

    • 1. Nous sommes totalement en accord sur ce point. C’est un film magnifique, je rêverais (haha) de le voir sur grand écran.
      2. Owen Wilson est un génie, apparemment dépressif. Et Ben Stiller, bien que l’humour paraisse « grossier », est en fait très fin.
      3. Ok.

      • Sur l’humour, Ben Stiller me fait penser à Jack Black. Quand on leur écrit des personnages, ils sont gras, lourds et idiots, alors que lorsqu’ils sont aux commandes, c’est peut-être tout aussi ras des pâquerettes ou grossier, mais c’est suffisamment subtil pour être hilarant.

  3. Je découvre ton blog par ce très joli billet sur ce très joli film que j’ai eu la chance de voir au cinéma. Je ne vais pas répéter tout ce que tu as dit, mais c’est vrai que la photographie est magnifique, les images que tu as postées en sont la preuve (et j’ai encore des frissons rien qu’à penser à certaines scènes) et le message, qui pourrait paraître simpliste, m’a vraiment touchée. D’ailleurs, ton billet m’a donné envie de le revoir, je crois que je vais investir dans le DVD ! 🙂

    • Je suis heureuse de t’accueillir dans mon humble demeure ;). Et heureuse de savoir que ce film t’a plu ! Je me demande si je ne vais pas aussi investir… Dans le blu-ray. Ça peut valoir le coup, vu la qualité de l’image :).
      (Je viens d’aller sur ton blog : est-il en construction ?)

      • Oui, c’est pour des films comme celui-ci que je me dis que je devrais m’acheter un lecteur Blu-ray… et une plus grande télé 😀
        (Effectivement, il est en construction, il attend patiemment que je prenne le temps de le commencer ^^ Un jour… Peut-être…)

  4. Une amie m’avait dit que c’était un énième film à la morale « Carpe Diem » et ça m’avait un peu découragée de le voir mais finalement, j’ai envie de le découvrir 🙂
    J’ai vu tellement de films avec Ben Stiller et finalement ses rôles étaient tout le temps les mêmes, j’ai hâte de le voir dans quelque chose de différent !

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