[Musique] Le Carnaval des Animaux de Camille Saint-Saëns

saint-saensCamille Saint-Saëns est certainement l’un des compositeurs français les plus connus. Né en 1835 à Paris et mort en 1921 à Alger, il est à la fois pianiste et écrivain, à l’origine d’une œuvre beaucoup plus vaste que nous le pensons. Il commence le piano à l’âge de 3 ans et écrit son premier morceau avant ses cinq ans, ce qui fait de lui une espèce de Mozart français. En 1853, sa 1ère Symphonie, influencée par Schumann, étonna Berlioz et Gounod, deux grands noms de la musique classique de l’époque. Parmi ses amis, le compositeur hongrois Franz Liszt, un collègue français George Bizet, l’illustrateur Gustave Doré ou encore l’italien Gioachino Rossini… Parmi ses élèves, le jeune Gabriel Fauré. Car oui, Saint-Saëns était aussi organiste. Musicien complet, il fut le premier à écrire concertos de piano et poèmes symphoniques. Symphonies, concertos, poèmes symphoniques, opéra, tarantelles… Saint-Saëns était à la fois conservateur et novateur, défenseur d’une « musique pure » très technique. Il s’inspire des anciens, comme Rameau et Mozart, mais donne aussi une nouvelle impulsion à la musique classique française. Il voyagea beaucoup, écrit beaucoup, était curieux et avide d’apprendre. Bien qu’il se maria à l’âge de 40 ans, cette union ne dura que 3 ans avant qu’il ne se sépare de sa femme, sans toutefois divorcer. Ce qu’il n’avait pas acquis sur le plan privé, il l’acquit dans la sphère public : artiste à la renommée internationale, bien que conscient de ne pas égaler le maître Mozart, il fut apprécié et comblé d’honneur… Ce qui lui suffisait apparemment amplement.

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Son œuvre la plus connue, nul besoin de le préciser, est bien sûr Le Carnaval des animaux, composé en 1886 lors d’un voyage en Autriche. Décrite comme une « plaisanterie », bien loin du série de ses autres pièces, elle reste néanmoins l’une des plus populaires. Saint-Saëns, du fait des critiques à son encontre, refusa qu’on la joue de son vivant. Il fallut attendre sa mort pour que Le Carnaval des animaux soit à nouveau joué en public. Chaque morceau représente un animal ou une famille d’animaux : la marche royale du lion, tortues, kangourous, et le fameux cygne. L’œuvre, courte (22 minutes 49), n’est pas un chef-d’œuvre musical, mais un divertissement agréable, et surtout un joli moyen de faire connaissance avec la musique classique : nous pourrions la comparer à Pierre et le Loup de Sergueï Prokofiev ; elle a tout autant marqué ma jeunesse. J’ai beau avoir quelques années de plus qu’à la première écoute, je prends toujours autant de plaisir à tenter de reconnaître les divers animaux évoqués par l’orchestre. Aquarium et Le Cygne sont les titres les plus connus, mais mon préféré reste Fossiles, avec son rythme très enlevé et sautillant, morceau qui se moque de lui-même et prête à sourire.

Sur l’album de chez Decca, nous avons aussi 3 des 4 poèmes symphoniques de Saint-Saëns : Phaéton, Le Rouet d’Omphale (1869) et Danse macabre (1874). Un poème symphonique est une composition pour orchestre dont le thème est littéraire, philosophique ou pictural. Je me suis donc amusée, chose que je n’avais faite jusqu’alors, à chercher ce que racontaient ces trois morceaux. Phaéton était le fils d’Hélios, dieu-Soleil. Un jour, il décida d’emprunter le char de son père : trop jeune et peu expérimenté, il perd le contrôle des chevaux et manque d’embraser le monde. Chez les Grecs, pas de pitié : il meurt foudroyé par Zeus. Le poème exprime les différentes étapes de l’histoire : l’excitation de Phaéton, son voyage dans le char, la perte de contrôle. Omphale, quant à elle, était une reine de Lydie, ancien pays d’Asie mineure. L’oracle d’Apollon ordonna à Héraklès de devenir l’esclave d’Omphale pour se laver du meurtre d’Iphitos. La reine lui demandera d’accomplir plusieurs travaux, puis finira par le délivrer de cette position d’esclave pour l’épouser. Le Rouet d’Omphale a tantôt un côté léger, tantôt un côté menaçant. Héraklès, habillé comme une femme, file aux pieds d’Omphale, qui porte sur son dos la peau du lion de Némée et s’est emparée de la massue de son esclave. Danse macabre est tirée d’un poème d’Henri Cazalis intitulé « Égalité-Fraternité ». Un des thèmes de Fossiles est repris, et le morceau est énergique, dynamique, et la mélodie est reconnaissable entre mille. Camille Saint-Saëns joue avec la musique, et cette danse macabre, ironiquement, n’a rien de véritablement macabre. Il s’agit de la composition qui me plaît le plus — celle que je mets lorsque je danse autour du bûcher dans lequel j’ai jeté mes victimes.

Zig et zig et zag, la mort en cadence
Frappant une tombe avec son talon,
La mort à minuit joue un air de danse,
Zig et zig et zag, sur son violon.

Le vent d’hiver souffle, et la nuit est sombre,
Des gémissements sortent des tilleuls ;
Les squelettes blancs vont à travers l’ombre
Courant et sautant sous leurs grands linceuls,

Zig et zig et zag, chacun se trémousse,
On entend claquer les os des danseurs,
Un couple lascif s’assoit sur la mousse
Comme pour goûter d’anciennes douceurs.

Zig et zig et zag, la mort continue
De racler sans fin son aigre instrument.
Un voile est tombé ! La danseuse est nue !
Son danseur la serre amoureusement.

La dame est, dit-on, marquise ou baronne.
Et le vert galant un pauvre charron – Horreur !
Et voilà qu’elle s’abandonne
Comme si le rustre était un baron !

Zig et zig et zig, quelle sarabande!
Quels cercles de morts se donnant la main !
Zig et zig et zag, on voit dans la bande
Le roi gambader auprès du vilain!

Mais psit ! tout à coup on quitte la ronde,
On se pousse, on fuit, le coq a chanté
Oh ! La belle nuit pour le pauvre monde !
Et vive la mort et l’égalité !

J’ai commencé à écouter les autres œuvres de Saint-Saëns, notamment ses symphonies pour orchestre. C’est typiquement le genre de musique que j’apprécie : c’est léger, épuré, à la fois simple et travaillé. Je viens de découvrir que nous avons un CD d’une de ses symphonies pour orgue : je serais curieuse de voir si le sentiment qui se dégage de ses autres œuvres se retrouve dans celle-ci. Le Carnaval des Animaux est une suite musicale parfaite pour se familiariser avec la musique classique… Et l’une des seules que l’on peut faire écouter aux enfants d’un bout à l’autre sans qu’ils fuient en courant. Puisque WordPress ne me permet pas d’insérer un widget Deezer, je vous invite à écouter Le Carnaval des Animaux directement sur le site. Je poursuivrai certainement cette série « musique classique » avec d’autres compositions et d’autres œuvres, mais ne vous attendez pas à des analyses pointues et poussées… J’aimerais juste, modestement, prouver que la musique classique n’est pas nécessairement synonyme d’ennui mortel.

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3 réflexions sur “[Musique] Le Carnaval des Animaux de Camille Saint-Saëns

  1. J’espère que tu trouveras les mots pour nous écrire d’autres articles de ce type. Je suis une quiche absolue en classique et je ne sais absolument pas par où commencer, et le fait que tu donnes un contexte à la musique est très appréciable 🙂
    Il est un peu tard, mais je viendrai lire ton article à nouveau après avoir écouté tout ça avec attention !

    (mais je suis un peu fière de moi parce qu’avec mon voyage à Budapest, je savais qui était Franz Liszt, mwahaha)

  2. J’aime beaucoup le Carnaval des animaux ! En lisant ton article je me suis rendue compte que je n’avais jamais poussé la curiosité plus loin en écoutant d’autres œuvres de lui (honte à moi).Je trouve que Saint Saëns, lui-même n’est pas tellement connu. On parle bien plus de son Carnaval des animaux que de lui (c’est comme la vltava de Smetana, on connait tous la mélodie mais le nom du compositeur tchèque qu’il l’a écrit peu de monde le connaisse :D)

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