Chapitre 1 : Jane Austen

1 | Jane Austen1

Ça m’est tombé dessus comme la misère sur le pauvre monde. Au départ, je ne savais pas quoi faire, alors j’ai cherché conseil auprès de professionnels, je me suis enquérie auprès de mes amis, je me suis intérrogée auprès de moi-même. J’avais beau tourner le problème dans tous les sens, la conclusion restait toujours la même, fatale, inévitable, effrayante. Oserais-je l’avouer ici ? Oserais-je me lancer et admettre la terrible vérité ? Vos foudres ne s’abattront-elles pas sur moi ? (*musique mélodramatique*). Pourtant, je ne peux continuer ainsi, avec ce poids qui me pèse sur la poitrine et m’empêche de chanter (#louane). Allez, puisqu’il le faut, il le faut… Je ne suis pas franchement très beaucoup fan des romans de Jane Austen (*silence mélodramatique*). J’entends déjà les pleurs, les cris, les accès de violence, le feu qui crépite au bout des torches, mais je reste sur mes positions, prête à affronter la déferlante. Et aussi à expliquer un peu le pourquoi du comment, quand même (#allitération).

Sans internet et surtout sans la blogosphère, je crois que je serais restée dans l’ignorance un bon bout de temps. En effet, c’est grâce aux chroniques de certaines (on va pas se mentir hein) que je me suis lancée dans l’aventure Jane Austen. J’ai commencé par Orgueil et Préjugés, ai poursuivi avec Raison et Sentiments, Emma, Northanger Abbey et Persuasion. Mansfield Park et les Juvenilia attendent encore sur mes étagères. Si je passais un plaisant moment en compagnie des personnes hauts en couleurs créés par l’auteur, je sentais, plus ou moins consciemment, que quelque chose me manquait. J’ai retrouvé ce petit quelque chose dans Northanger Abbey qui, à ce jour, demeure mon roman préféré de Jane Austen. La fougue de Catherine, l’humour de Mr. Tilney, la mystérieuse abbaye recelant moults secrets… La recette parfaite. De même pour Emma : l’héroïne a beau être agaçante au possible, son évolution est la plus impressionnante et celle qui me parle le plus. Et pourtant… Et pourtant, c’est principalement grâce aux adaptations que j’ai réussi à complètement apprécier ces histoires.

Je ne vais pas lister toutes les adaptations que j’ai vues parce qu’on en finirait pas. Je me contenterais juste de dire que s’il n’y avait pas le film de Joe Wright, l’histoire d’Elizabeth Bennet et Mr. Darcy me laisserait de marbre et que le Capitaine Wentworth ne présenterait pour moi aucun intérêt. Non pas parce que les personnages sont mal construits ou désagréables, mais parce que les romans de Jane Austen manquent d’une chose dont je ne peux me passer dans mes lectures : ils manquent de romantisme/romance. Ce point de vue est évidemment tout à fait subjectif, c’est pourquoi je vais préciser ma pensée avec un exemple. Dans Orgueil et Préjugés, c’est après avoir vu Pemberley qu’Elizabeth tombe amoureuse de Mr. Darcy et s’admet ses propres sentiments. À la fin, lorsqu’il lui fait une demande pleine d’émotions, elle se contente d’accepter sans manifester d’excitation d’aucune sorte. Je ne pense pas que l’époque soit une excuse à ce niveau-là. Ou si romantisme il y a, et je suis prête à écouter tous les arguments du monde, je n’y suis absolument pas sensible.

De plus, même s’il s’agit de récits relativement courts pour la plupart, j’ai toujours l’impression que ça traîne terriblement en longueur. Cela m’a choquée lors de ma relecture de Raison et Sentiments. Il y a des moments où je sentais qu’on tournait en rond, que l’histoire n’avançait plus, et que les émotions des personnages étaient répétées en boucle. Alors certes, ça contribue à la ridiculisation de la trop grande démonstrativité de Marianne, de l’égoïsme de Fanny et John Dashwood, etc. Mais d’un autre côté, je ne peux m’empêcher de penser que ça plombe la narration. Persuasion a été pour moi le roman le plus difficile à lire : ça avait beau être le plus court, ce sentiment de faire du sur-place ne m’a pas quittée.

J’admire les qualités de l’auteure : sa capacité à nous donner une image précise des personnages avec peu de détails, son humour et son ironie. Elle s’attache à critiquer la société de son époque en parlant ouvertement de questions d’argent, de succession, de la perversion de certains hommes et de certaines femmes, s’interroge sur les relations familiales et sur l’amour et le mariage, ce qui donne une image plutôt intéressante de la bourgeoisie dans les années 1800. Néanmoins, cette ironie cache en réalité une espèce de snobisme qu’elle cache difficilement : elle ne parle pas du petit peuple, ou lui donne une place réduite dans ses écrits, elle tient en haute estime le rang et le statut social — elle-même avait un rang à tenir, même si sa famille ne roulait pas sur l’or —, et semble mépriser les emportements du cœur. Je ne sais rien de sa vie ou presque, donc mon jugement ne repose que sur mon ressenti à la lecture de ses œuvres… Je suis preneuse si vous connaissez de bonnes biographies, d’ailleurs.

En résumé : j’adore la plupart des adaptations pour leur côté romantique, j’apprécie les romans parce qu’ils constituent une bonne critique de la société de l’époque. Les adaptations ne s’approprient pas cette ironie et ce ton humoristique, ou très peu, et les romans ne déchaînent en moi aucune émotion. À mes yeux, Jane Austen n’a pas réussi la prouesse d’allier les deux. Par contre, Elizabeth Gaskell l’a admirablement fait dans Nord et Sud, œuvre à mi-chemin entre Dickens et Austen. Une véritable réussite que je vous conseille vivement. Je sais que Jane Austen jouit d’une immense popularité sur le net et particulièrement sur la blogosphère. Je sais que je me suis laissée entraîner dans cette excitation un peu malgré moi. J’ose admettre aujourd’hui que ses romans ne me satisfont pas en tant que lectrice et en tant que personne. Et ça fait du bien. Je vous laisse avec la vidéo qui a donné naissance à cette révélation tragique et avec laquelle je ne suis pas d’accord sur pas mal de points.

Cet article est censé être le premier d’une série d’articles dans lesquels je vous parlerai de ce que m’inspirent différentes œuvres, qu’elles soient littéraires, cinématographiques ou musicales, mais aussi de sujets qui me font réagir. Et je cherche désespérément un nom pour ce genre de post (*wink wink*). Oh, et je précise que c’est MON avis, que ça n’engage que MOI et que si Jane Austen vous fait vibrer et danser la cucaracha, je suis super contente pour VOUS.

Publicités

9 réflexions sur “Chapitre 1 : Jane Austen

  1. Ton premier paragraphe est digne de la meilleure drama queen hihi *wink*
    Franchement ça ne me choque pas ! Même une personne qui me dirait ne pas être franchement fan des écrits de JK Rowling ne me surprendrait pas ! Je ne vois pas pourquoi il aurait été décrété que ne pas aimer Jane Austen c’est maaaal, et que donc tu ne mérites pas ta place parmi les amoureux de la littérature. Pour ma part, j’apprécie les romans lus d’elle mais ce n’est pas ma romancière préférée, loin de là 😉 Mais je sens que cette confession te fait du bien ! Et j’ai hâte de lire d’autres articles dans la même veine ^^

  2. Je trouve ton post très bien, parce que tu reconnais des qualités à JA, et tu reconnais aussi très honnêtement que ça te laisse de marbre. J’adore cette lenteur que tu déplores (sauf Persuasion, ce roman est le seul de JA qui me « gonfle ») et j’apprécie aussi cette pudeur et cette absence d’excitation, qui change agréablement des romances actuelles (j’en apprécie pourtant beaucoup certaines !). Beaucoup de lectrices s’imaginent, consciemment ou non, que c’était plus « beau » et plus « pur » d’être aimée à cette époque (pas vraiment, en fait). C’est aussi une sorte de réaction à l’hyper-sexualisation de la femme dans notre société actuelle je pense… Et je te rejoins tout à fait sur le classisme de JA. Elle était très fière d’appartenir à la gentry, qui lui apparaissait comme ayant le meilleur mode de vie, tout en en remarquant les défauts. Ses biographes le disent souvent. C’est justement parce que je le sais, elle était conditionnée par son éducation et l’importance qu’elle et son entourage se donnaient, que je peux lui « pardonner ». Je ne suis pas en train d’essayer de te convaincre de l’aimer plus, hein ! Je voulais juste partager mon ressenti sur ton article. Je trouve d’ailleurs le principe très intéressant, et je serai curieuse de lire tes prochains posts ! En biographie, j’ai adoré celle de Claire Tomalin. Celle de David Cecil est pas mal aussi, elle est courte et dispo en poche 🙂

    • Merci beaucoup pour ton commentaire !
      J’apprécie aussi la pudeur des personnages, mais je trouve qu’elle est un peu poussée à outrance dans les romans de Jane Austen. Heureusement, Catherine, Marianne ou encore Emma réussissent à sortir un peu de cette trop grande pudeur pour montrer un peu plus leurs sentiments. De manière un peu plus ouverte disons. C’est pour cette raison que j’apprécie Northanger Abbey et qu’il reste mon préféré de Jane Austen !
      Je vais m’intéresser à la biographie de Claire Tomalin… Je vois que tu as écrit un article à ce propos et je vais m’empresser de le lire ;).

  3. Quel drame ! Qu’on ne la connaisse pas, j’ai du mal à le tolérer…c’est comme ignorer qui a écrit Les Misérables mais qu’on n’admire pas ses oeuvres, je peux comprendre ! Personnellement, je suis une grande fan ! Je suis conquise par presque toutes ses oeuvres…sauf Mansfield Park et Lady Susan…(et je viens de voir que Mansfield Park est dans ta PAL…tu n’es pas prête de te réconcilier avec l’auteure car celui ci est vraiment mais vraiment longuet !)
    Je trouve quand même que ses romans sont romantiques ! 😉

    J’avais bien aimé aussi la biographie de David Cecil !

    • Je reconnais que les romans de Jane Austen sont très bien construits et ont un certain charme, mais je n’y suis pas suffisamment sensible pour dire que je l’apprécie vraiment :). J’ai un peu peur de Mansfield Park, effectivement… Je n’ai entendu que des avis négatifs à son propos, c’est bien dommage ! Heureusement, il reste les quelques écrits de jeunesse pour rattraper le coup :).
      Merci pour tes recommandations o/.

  4. Je te comprends ! Je n’ai pas lu tous ses romans mais j’ai passé de très bons moments. Après elle est loin d’être dans mon top 10 des meilleurs auteurs. Il me manque quelque chose pour adhérer. J’ai lu deux romans inspirés de ses oeuvres et je t’avoue les avoir préférés ! J’espère Aurélie ne repassera pas sur ce message lol

  5. Forcément, je ne peux pas être d’accord avec toi mais j’ai trouvé ton article intéressant et argumenté et finalement, heureusement que nous ne sommes pas tous d’accord, ce serait d’un ch%*$!! :p

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s