Dernières lectures | Janvier 2016.

Si je n’ai absolument rien fait pour la fac en janvier, j’ai tout de même trouvé le moyen de lire 5 bouquins, de regarder beaucoup de films, beaucoup de séries, et de beaucoup glander. Pour éviter l’article de 20 mètres de long, je me propose aujourd’hui de vous présenter les livres que j’ai réussi à lire au mois de janvier ! Le format est un peu approximatif, je vous l’accorde, mais je suis en train de brainstormer sur la meilleure façon de procéder. Soit des articles réguliers où je vous parle en vrac de ce que j’ai lu/vu/écouté, soit des bilans séparés, soit des chroniques individuelles… N’hésitez pas à me dire si vous avez une préférence !

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Gulliver’s Travels de Martin Rowson (1997).
Ce roman graphique avait tout pour me plaire : un côté futuristico-dystopique prometteur, de superbes illustrations qui rappellent les gravures de Granville, un ton satirique qui répond a priori parfaitement à celui de Jonathan Swift. Pourtant, je suis passée totalement à côté. Le roman lui-même ne m’avait pas particulièrement enchantée, mais j’ai aimé l’étudier et mettre en lumière à la fois les critiques de l’auteur sur son époque et ses contradictions. L’idée de base de Rowson est excellente : le descendant de Gulliver revient, deux siècles plus tard, sur les terres que son ancêtre a visitées, et découvre les ravages occasionnés par le passage de ce dernier. Par ce biais, l’auteur cherche à dénoncer le néo-libéralisme, la société du spectacle, le manque de culture des nouvelles générations, la décadence générale de la race humaine. Objectif louable, certes… Mais la mise en œuvre était trop grossière à mon goût, et les ficelles bien trop apparentes.

Show Your Work d’Austin Kleon (2014).
C’est par les vidéos d’Ariel et d’Hajar que j’ai eu connaissance de ce court ouvrage d’une centaine de pages. Le livre est décrit comme « an inspiring manifesto for succeeding as any kind of artist or entrepreneur in the digital age » : Austin Kleon nous donne les clés de la réussite d’un artiste à l’ère digitale. Si le format du bouquin est particulièrement réussi — montages, photos, etc —, le contenu ne m’a clairement pas emballée. J’y ai trouvé quelques idées bonnes à prendre, notamment en ce qui concerne le fait de partager ses influences et de chercher à s’entourer de personnes qui ont les mêmes intérêts, mais le ton général m’a dérangée : l’auteur est parfois très véhément dans ces propos, à mauvais escient. Globalement, je pense que j’aurais pu me passer de ce petit essai, très « américain » dans sa vision des choses et donc pas vraiment pour moi.

City of Bones de Cassandra Clare (2007).
Après avoir vu le film et regardé le premier épisode de la série Shadowhunters, j’ai décidé de donner une chance à la saga de Cassandra Clare. The Mortal Instruments retrace l’histoire de Clary, jeune fille apparemment sans problèmes qui découvre un beau jour qu’elle est une Shadowhunter, i.e. qu’elle est née pour tuer des démons. Évidemment, sa mère disparaît, elle se retrouve, avec son meilleur ami Simon, au milieu d’une guerre inter-espèces. Le premier tome de la série avait le mérite d’être léger, dynamique et de proposer à la midinette que je suis une charmante petite amourette. Néanmoins, quelques détails m’ont gênée : le personnage de Clary n’est pas particulièrement attachant (pour ne pas dire quasiment inutile), le côté « je suis sur le point de te dire quelque chose d’extrêmement important, mais je vais m’arrêter en plein milieu de la phrase » devient agaçant à la longue (surtout lorsque l’on connaît déjà l’histoire et que l’on sait que tout aurait pu être plié en deux secondes s’ils avaient pris le temps de s’écouter), et l’univers manque de solidité (je suis la seule à voir des références à Harry Potter partout ?). Bref, j’aurais espéré quelque chose de plus construit et abouti, mais je lirai quand même les deux prochains tomes, pour avoir le fin mot de l’histoire (saleté de cliffhanger).

We Have Always Lived in the Castle de Shirley Jackson (1962).
Je suivais en M1 un cours intitulé Méthodologie de la littérature. Durant tout le premier semestre, nous avons travaillé sur le recueil The Oxford Book of American Short Stories dans lequel figuraient de nombreuses nouvelles gothiques, dont The Lottery de Shirley Jackson. En moins de 10 pages, l’auteure était parvenue à me plonger dans l’horreur la plus sourde d’une petite ville du sud des États-Unis. Il ne se passe pas grand-chose, mais le final est grandiose et effrayant. Cette année, c’est grâce à Amy, que je poursuis ma découverte de la grande Shirley Jackson. We Have Always Lived in the Castle est un court roman d’environ 150 pages qui relate l’histoire de Merricat Blackwood et de sa sœur Constance. Toutes deux vivent avec leur oncle dans la maison familiale perdue au milieu des arbres, mais non loin du village. Les habitants ne supportent plus leur présence; elles-mêmes ont peur de sortir de chez elles. Puis arrive Charles, le cousin, et, évidemment, rien ne se passe comme prévu. Dès le début du roman, nous sommes dans la tête de Merricat…

My name is Mary Katherine Blackwood. I am eighteen years old, and I live with my sister Constance. I have often thought that with any luck at all I could have been born a werewolf, because the two middle fingers on both my hands are the same length, but I have had to be content with what I had. I dislike washing myslf, and dogs, and noise. I like my sister Constance, and Richard Plantagenet, and Amanita phalloides, the death-cup mushroom. Everyone else in my family is dead.

… Et nous découvrons peu à peu que les pensées de la jeune fille sont bien loin d’être pures et innocentes :

I always thought about rot when I came toward the row of stores; I thought about burning black painful rot that ate away from inside, hurting dreadfully. I wished it on the village.

Est-ce une jeu ? Cette oscillation entre moments magiques, presque hors du temps (notamment lorsqu’elle est dans le jardin et le bois qui entoure la maison) et moments d’angoisse et de terreur fait la force de l’ouvrage de Shirley Jackson. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser : la magie est-elle réelle ou n’existe-t-elle que dans l’imagination dérangée des Blackwood ? À vous de le découvrir.

Le père Goriot de Balzac (1835).
Lu en première dans le cadre du lycée, je gardais un bon souvenir de ce classique. J’ai tout de même voulu prendre le risque de la relecture. Nous suivons le jeune Rastignac, petit provincial monté à Paris pour faire son Droit et ne pouvant se loger qu’à la pension Vauquer, du fait de ses maigres moyens. Droit qu’il abandonnera bientôt pour se consacrer à l’Argent et à la Femme. Sur sa route se trouve le père Goriot et ses deux filles, Anastasie de Restaud et Delphine de Nucingen. Leurs destins vont se croiser et se décroiser à mesure que Rastignac fera son éducation sociale. Le père Goriot est une œuvre riche (roman social, policier, d’amour, d’apprentissage) et pourtant j’ai l’impression de n’en avoir aimé que la moitié. Je me suis désintéressée des scènes de la vie parisienne et de l’évolution de notre héros pour me concentrer sur les affaires de la pension et le mystère Vautrin. Ce sont les personnages les plus bas et les actions les plus viles qui ont capturé mon attention, et non le faste des salons et les tragédies des grands de ce monde. J’ajoute aussi que les descriptions de Balzac sont absolument extraordinaires et je ne résiste pas à l’envie de vous présenter celle de ce pauvre vieux Monsieur Poiret, un des souffre-douleurs de la pension.

Monsieur Poiret était une espèce de mécanique. En l’apercevant s’étendre comme une ombre grise le long d’une allée au Jardin des Plantes, la tête couverte d’une vieille casquette flasque, tenant à peine sa canne à pomme d’ivoire jauni dans sa main, laissant flotter les pans flétris de sa redingote qui cachait mal une culotte presque vide, et des jambes en bas bleus qui flageolaient comme celles d’un homme ivre, montrant son gilet blanc sale et son jabot de grosse mousseline recroquevillée qui s’unissait imparfaitement à sa cravate cordée autour de son de dindon, bien des gens se demandaient si cette ombre chinoise appartenait à la race audacieuse des fils de Japhet qui papillonnent sur le boulevard Italien. Quel travail avait pu le ratatiner ainsi ? quelle passion avait bistré sa face bulbeuse, qui, dessinée en caricature, aurait paru hors du vrai ?

Tout est flasque, tout est mou, tout fait de la peine à voir. Vautrin, au contraire, en impose. Le personnage a une véritable épaisseur : malgré son côté odieux et fourbe, il offre une analyse fin de la société, qui nous le rend presque sympathique. Tout comme Madame de Beauséant l’avait fait précédemment, en y mettant les formes, il lui donne ce conseil :

Si j’ai encore un conseil à vous donner, mon ange, c’est de ne pas plus tenir à vos opinions qu’à vos paroles. Quand on vous les demandera, vendez-les. Un homme qui se vante de ne jamais changer d’opinion est un homme qui se charge d’aller toujours en ligne droite, un niais qui croit à l’infaillibilité. Il n’y a pas de principes, il n’y a que des événements ; il n’y a pas de lois, il n’y a que des circonstances : l’homme supérieur épouse les événements et les circonstances pour les conduire. S’il y avait des principes et des lois fixes, les peuples n’en changeraient pas comme nous changeons de chemises. L’homme n’est pas tenu d’être plus sage que toute une nation.

Vautrin a une vision claire du monde parisien. Rastignac tient à tout prix à être intégré à ce milieu fermé, à faire partie de ces gens de la haute dont il admire les tenues et les appartements. Son ami Bianchon, lui, se contente de ce qu’il a.

Moi, je suis heureux de la petite existence que je me créerai en province, où je succéderai tout bêtement à mon père. Les affections de l’homme se satisfont dans le plus petit cercle aussi pleinement que dans une immense circonférence. […] Notre bonheur, mon cher, tiendra toujours entre la plante de nos pieds et notre occiput ; et, qu’il coûte un million par an ou cent louis, la perception intrinsèque en est la même au-dedans de nous.

Dans un monde où nous voulons toujours plus, cette remarque de Bianchon a une saveur particulière. J’ai apprécié à la fois le style et l’implication de Balzac dans ce récit, mais je me suis tout de même parfois retrouvée face à quelques passages obscurs et confus : je ne savais pas où l’auteur voulait en venir, ou je n’arrivais pas à deviner quelle idée se cachait derrière certaines phrases. Malgré tout, je garde un excellent souvenir de cette expérience de relecture, qui m’a permis d’avoir un nouveau regard sur le texte—et m’a donné envie de reconduire l’expérience avec d’autres classiques.

Ainsi s’achève ce court bilan littéraire. À l’avenir, j’essaierai de faire des photos un chouïa plus élaborées… Celles-ci viennent de mon compte Instagram : cette année, je poste une photo et un court avis à chaque livre lu ! J’ai un peu plus de mal à le faire sur Goodreads, alors je profite d’Instagram pour partager mes lectures avec vous. Je vous retrouve bientôt pour deux autres articles « bilan », en vous souhaitant de bonnes lectures !

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7 réflexions sur “Dernières lectures | Janvier 2016.

  1. Moi je la trouve très bien ta manière de présenter ce bilan !
    Et le montage photo est vraiment joli !
    Je garde également un excellent souvenir du Père Goriot donc j’ai peur de détériorer mon souvenir si je le relis..
    J’ai envie de lire The Lottery! (et We Have Always Lived in the Castle si j’aime la nouvelle =)
    J’attends tes deux autres bilans o/

    • Merci, c’est gentil ♥
      C’est le problème des relectures ! Parfois, il faut mieux rester avec son bon souvenir que risquer la déception. Je pense que ça dépend aussi du moment où tu lis les livres, dans quel cadre, etc.
      The Lottery est fantastique ! Ça fait à peine 10 pages, ça vaut vraiment le coup ;).

    • Oh, merci :D. Je ne peux que te le conseiller. Je lui ai trouvé quelques longueurs, du fait des répétitions, mais ces longueurs aident à construire l’atmosphère si spéciale dont je parle dans le bilan. Si jamais tu le lis un jour, je serais heureuse d’en discuter avec toi :).

  2. Comme toi j’ai beaucoup aimé les descriptions de Balzac dans Le Père Goriot ! C’est super chouette que ça t’ait donné envie de relire quelques classiques 😛 Je pense quand même qu’il y a plus fun que Balzac dans le genre, même si ses romans ne sont pas aussi « atroces » que le souvenir qu’on peut en avoir.
    Show your work est un livre qui m’intéresse beaucoup mais que je ne trouve jamais en librairie :-/ Comme toi ce sont les vidéos d’Ariel et d’Hajar qui m’ont motivée. Je suis un peu calmée par le fait que tu ne l’aies que moyennement apprécié. Du coup je suis toujours aussi curieuse de le lire, mais je pense le prendre avec des pincettes, et essayer de ne pas en avoir trop d’attentes…
    Bises !

  3. Le montage photo est très joli, ça fait ressortir le noir et le jaune ! J’adore ces couleurs en ce moment ^^ Je note We Have Always Lived in the Castle de Shirley Jackson car il me tente beaucoup.

  4. Ah tiens les deux bouquins de Kleon sont dans ma wish-list, jusque-là je n’en avais entendu que du bien… Vraiment si je les trouve d’occase alors. Je crois savoir ce que tu veux dire par très « américain », je rencontre parfois le problème dans des trucs de développement personnel.

    Je suis super fan de The Mortal Instruments/The Infernal Devices ! Tu n’es pas la seule à y trouver des similitudes avec Harry Potter, c’est une opinion très répandue – en fait, si je me rappelle bien, Cassandra Clare a commencé par écrire des fanfics d’Harry Potter et qu’en fait elle s’est elle-même auto-plagié pour écrire TMI. Pourtant, personnellement je ne trouve pas qu’il y ait beaucoup de ressemblances avec HP donc j’avoue que cette controverse me laisse un peu perplexe.

    Les Shirley Jackson sont également dans ma wish-list.

    Balzac fait partie de mes bêtes noires (coucou Honoré, lol) et j’ai détesté Goriot 😛

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