Chapitre 1 : Jane Austen

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Ça m’est tombé dessus comme la misère sur le pauvre monde. Au départ, je ne savais pas quoi faire, alors j’ai cherché conseil auprès de professionnels, je me suis enquérie auprès de mes amis, je me suis intérrogée auprès de moi-même. J’avais beau tourner le problème dans tous les sens, la conclusion restait toujours la même, fatale, inévitable, effrayante. Oserais-je l’avouer ici ? Oserais-je me lancer et admettre la terrible vérité ? Vos foudres ne s’abattront-elles pas sur moi ? (*musique mélodramatique*). Pourtant, je ne peux continuer ainsi, avec ce poids qui me pèse sur la poitrine et m’empêche de chanter (#louane). Allez, puisqu’il le faut, il le faut… Je ne suis pas franchement très beaucoup fan des romans de Jane Austen (*silence mélodramatique*). J’entends déjà les pleurs, les cris, les accès de violence, le feu qui crépite au bout des torches, mais je reste sur mes positions, prête à affronter la déferlante. Et aussi à expliquer un peu le pourquoi du comment, quand même (#allitération).

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Focus : Orgueil et Préjugés

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It is a truth universally acknowledged that a single man in possession of a good fortune must be in want of a wife.

Je ne vous apprends pas grand-chose en vous disant que cette phrase célébrissime ouvre Orgueil et Préjugés, certainement l’œuvre la plus connue de la romancière anglaise Jane Austen. Rédigé à la toute fin du XVIIIème siècle, autour de 1796, le texte devait d’abord prendre le nom de First Impressions. Il sera finalement publié en 1813 sous le titre Pride and Prejudice. Je ne saurais vous dire exactement à quel moment et dans quelles circonstances ce roman est apparu dans ma vie. Je me souviens simplement que ma mère avait en sa possession Raison et Sentiments, Orgueil et Préjugés, Northanger Abbey et Persuasion et que, par conséquent, ils ont tous plus ou moins atterri dans ma chambre. Je crois avoir commencé par le premier de la liste, puis avoir enchaîné quelque temps plus tard sur le deuxième. Il y a deux ans, en m’investissant plus avant dans la communauté littéraire, je me suis de nouveau intéressée aux écrits de Jane Austen et j’ai poursuivi ma découverte de l’auteure en lisant Emma, puis Northanger Abbey, puis Persuasion, si bien qu’il ne me reste plus que Mansfield Park et les quelques œuvres « mineures » à dévorer.

Orgueil et Préjugés a été le véritable déclencheur de mon intérêt pour la romancière et ses travaux. Le livre lui-même, mais aussi les deux adaptations cinématographiques qui en sont tirées, m’a aussi donné un nouveau regard sur la littérature classique et sur la littérature britannique dans le même temps. J’estime avoir encore beaucoup de choses à découvrir, mais je crois qu’il était bon de commencer par là. Ses romans portent sur des thèmes atemporels et si la forme peut sembler un peu désuète, le fond nous parle : les conventions sociales, la fierté, les préjugés, la vanité et l’importance des apparences, mais aussi les relations filiales et l’éducation sont des sujets d’actualité. Mon but ici n’est pas de faire une analyse détaillée du style et des préoccupations de Jane Austen, mais plutôt de me concentrer sur ce « roman-déclencheur », pour le roman lui-même, mais aussi pour tout ce qui s’est créé autour.

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Vous allez certainement vous dire que cet article sort un peu de nulle part, mais j’ai une bonne raison de m’intéresser maintenant à cette œuvre. La semaine dernière, prise d’une folie austenienne, j’ai décidé de relire Pride and Prejudice en version originale. J’ai lu une fois le roman en entier en français, puis j’ai dû tenter de le lire à nouveau deux ou trois fois dans l’une ou l’autre langue, sans jamais aller jusqu’au bout. Je me suis empressée de me replonger dans des pages que j’avais bien trop longtemps abandonnées. J’ai aimé retrouver l’ironie de l’auteur, ces personnages hauts en couleurs et au caractère souvent bien trempé, ces scènes de la vie quotidienne de l’époque, toute cette atmosphère que j’apprécie tout particulièrement. Cependant, je dois dire que malgré ma joie, j’ai ressenti une pointe de déception. À force d’avoir vu le film, à force de m’être moi-même fait des films sur l’histoire d’Elizabeth Bennet et de Mr Darcy, j’ai fini par oublier que le roman n’avait pas vraiment ce côté « romantique » que j’affectionne. Je m’explique : il est vrai que l’analyse des sentiments est bien menée, que la déclaration de Darcy contraste avec sa supposée retenue et que l’on ressent l’amour que les deux personnages se portent. Cependant, tout ceci est bien vite tempéré par une question qui émerge au fil de la lecture : l’attitude d’Elizabeth a-t-elle changé parce qu’elle s’est rendue compte de ses erreurs ou bien parce que, comme elle le dit elle-même, les charmes de Pemberley ont agi sur sa personne ? Certains me diront, évidemment, que Miss Bennet a évolué, qu’elle a mûri et que son amour est tout à fait sincère. J’en suis convaincue, mais je me demande à quel point les considérations financières et sociales n’ont pas eu un impact sur son choix. Tout ceci est révélateur d’une époque, mais enlève par la même occasion du charme à leur histoire d’amour. Je ne peux m’empêcher de penser que, finalement, Jane Austen était plus intéressée par ses personnages individuellement, par leur évolution, par le changement de leur caractère et par le poids des conventions que par leur histoire collective. Ceci expliquerait peut-être les fins toujours plus ou moins expéditives de ses œuvres.

Je dois tout de même dire que cette relecture m’a permis, justement, de revenir sur mes sentiments premiers et de regarder l’ensemble avec une plus grande distance critique. Je me suis amusée pendant ma lecture, j’ai râlé quand j’ai redécouvert la naïveté de Jane, j’ai eu envie de frapper Lydia et de remettre Mr Collins à sa place, j’ai été peinée de voir que Mr Bennet agissait de la façon dont il agissait, j’ai plusieurs fois eu envie de mettre Mrs Bennet sur « mute ». J’ai pris beaucoup de plaisir, malgré mon avis moins enthousiaste que précédemment. Ayant lu Persuasion en août, je me suis rendue du décalage entre les deux romans. Dans ce dernier, l’analyse des caractères m’a paru plus subtile avec le recul, et, si je ne m’abuse, Anne me semble plus être une fenêtre ouverte sur la vie de l’auteure qu’Elizabeth Bennet.

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Je dois désormais avouer que si je vouais un culte à Mr Darcy à un moment donné, c’est grâce aux adaptations cinématographiques (1995 et 2005) et non au roman. Un soir, je suis partie en quête de quelque chose de sympathique à regarder à la télévision. Je tombe sur l’adaptation de 2005 et je continue à regarder d’une part parce que j’avais lu le roman peu de temps avant et d’autre part parce que Keira Knightley est une actrice que j’apprécie. Tout de suite, je suis charmée par les décors, par la musique, par l’atmosphère qui se dégage de toute cette mise en scène et par le jeu des acteurs. J’ai eu quelques réserves tout de même : les événements ne se déroulaient pas tout à fait comme dans le livre et Matthew MacFadyen me paraissait un peu plat. Peu de temps après, j’ai décidé de me procurer l’adaptation de 1995 avec Jennifer Ehle et Colin Firth afin de comparer — et aussi parce que Colin Firth. Je dois dire que j’ai aimé : j’ai regardé les 6 épisodes sur deux jours et je n’arrivais plus à m’arrêter. Tout me semblait particulièrement fidèle au roman, tant dans le style que dans le respect des éléments de l’histoire … Tellement fidèle qu’il me manquait justement cette petite étincelle « romantique » dont je parlais précédemment. Étincelle que j’ai trouvé dans l’adaptation de 2005, donc je vais parler un peu plus en détail.

Keira Knightley incarne une Elizabeth Bennet quasiment parfaite, bien plus agréable à mon sens que Jennifer Ehle, dont les tics ont finalement eu tendance à m’énerver. Entre Colin Firth et Matthew MacFadyen, je ne saurais dire lequel me satisfait le plus — j’ai eu l’occasion entre temps de voir le second jouer dans Ripper Street et mon opinion sur son jeu d’acteur a par là-même changé. Donald Sutherland est fantastique en Mr Bennet : son attitude à la fin du film, la larme au coin de l’œil, m’émeut toujours beaucoup. Je tiens aussi à parler de Rosamund Pike, qui incarne une Jane absolument magnifique et qui m’a parue bien moins effacée et naïve que dans le roman — notamment lorsqu’elle dit à Lizzie qu’un jour, un homme risque de lui plaire et qu’elle sera bien obligée de tenir sa langue. Kelly Reilly, qui incarne Miss Bingley, est détestable et donc géniale ; et Rupert Friend, ai-je réellement besoin d’en parler ? (Même si le précédent Wickham était à mon sens excellent). Au-delà des acteurs, les paysages sont somptueux, les costumes simples et superbes et la musique … Oui, le directeur a pris des libertés par rapport au roman, oui certaines répliques sont attribuées à certains personnages alors qu’elles devraient être attribuées à d’autres, mais je dois dire que ça me passe à 10 000 au-dessus. À chaque fois que je regarde ce film, je me sens bien, j’ai envie d’aller me balader dans la campagne anglaise, je suis émue par une histoire d’amour à laquelle on a ajouté ce côté « hollywoodien » loin d’être déplaisant.

Une adaptation est une adaptation. Tout est contenu dans le mot. On ne demande pas à ce genre de films d’être totalement fidèles. Le réalisateur prend tel ou tel parti, suit telle ou telle direction. Simon Langton a choisi de coller au roman — je pense aussi que le fait que ce soit une série de la BBC impose un certain cahier des charges — et Joe Wright a pris plus de libertés, pour mon plus grand bonheur, mais pas pour celui des puristes. L’avantage d’avoir deux films, c’est que chacun peut choisir celui qui lui parle le plus. Et celui qui me parle le plus est, vous l’aurez compris, celui de 2005.

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Vous parlant d’Orgueil et Préjugés, je ne pouvais décemment oublier de mentionner Le journal de Bridget Jones, Helen Fielding s’étant ouvertement inspirée du roman d’Austen. Nous avons un personnage qui s’appelle Darcy, nous avons une héroïne qui a une vision très personnelle des hommes et qui est éperdument amoureuse de Daniel Cleave, un salaud notoire. Film et livre sont très différents, mais à mon sens très complémentaires, comme je le disais dans une de mes vidéos. Je ne sais pas à quel point on retrouve Elizabeth Bennet dans le caractère de Bridget, mais on retrouve définitivement du Darcy et du Wickham dans les deux protagonistes masculins. N’ayant lu aucun roman de littérature para-austenienne, c’est le seul dont je peux vous parler, très brièvement, à l’heure actuelle.

Mine de rien, les thèmes d’Orgueil et Préjugés sont repris plutôt fidèlement dans Le journal de Bridget Jones. Socialement, si une femme n’est pas mariée avant ses 30 ans, elle peut être qualifiée sans souci de « vieille fille ». La pression des parents, plus particulièrement de la mère, est mise en avant. Bridget n’a ni sœur ni frère, mais un groupe d’amis parfois très embarrassants. Le roman n’a aucune réelle prétention philosophique, mais cherche à montrer ce à quoi peut ressembler la vie d’une jeune femme, qui n’est ni une sylphide, ni très spirituelle, mais qui veut tout de même se faire une place dans ce monde, de quelque manière que ce soit, tout en prenant son indépendance, un peu comme Lizzie.

Et pour finir cet article déjà très long, je souhaitais vous parler de The Lizzie Bennet Diaries, une web-série de 100 épisodes que l’on pourrait définir comme une adaptation moderne d’Orgueil et Préjugés. Je connaissais bien avant de regarder, mais après avoir vu le premier épisode, j’étais convaincue que ça ne me plairait pas. J’ai donc laissé ça de côté pour des jours où j’aurais un peu mûri et où mon esprit serait un peu plus ouvert. Je suis heureuse de vous dire que ce temps est arrivé. Une semaine avant les vacances de la Toussaint, j’ai dévoré les 100 épisodes avec avidité, veillant souvent un peu trop. On aime ou on n’aime pas, mais il faut admettre, en toute objectivité, que c’est une adaptation plutôt intelligente, bien fichue et, d’une certaine manière, très fidèle. La série a été créée par Hank Green et Bernie Su et met en scène des acteurs peu connus, le tout étant présenté sous forme d’un journal intime vidéo. Les créateurs ont choisi de se focaliser sur les relations famille / amitié entre les personnages, ce qui donne une toute autre dimension à l’œuvre littéraire : nous voyons comment interagissent Lizzie, Jane et Lydia, cette dernière étant présentée sous un jour beaucoup plus favorable, en un sens — mais je ne veux pas trop en révéler ; nous avons droit à de magnifiques imitations de Mrs Bennet, aux traits d’esprit de Charlotte Lu et à la lourdeur de Mr Collins. J’ai trouvé ça drôle, émouvant, bien construit ; j’ai aimé les acteurs, j’ai aimé la manière dont la modernité avait été traitée et, ayant récemment commencé à poster des vidéos sur Youtube, je me suis retrouvée dans certaines questions et certains raisonnements sur les médias. Je vous invite à aller sur le site ou sur la chaîne Youtube pour en savoir plus et surtout à ne pas vous limiter à la première impression … Ce serait le comble pour des amoureux d’Orgueil et Préjugés !

Pour résumer en quelques mots :
Orgueil et Préjugés n’est pas mon roman préféré de Jane Austen, mais il tient forcément une place particulière dans mon parcours de lecture.
• J’avoue sans honte préférer l’adaptation de 2005 à celle de 1995 qui, à mon sens, a beaucoup vieilli.
• Que Bridget Jones soit ou non fidèle au roman m’importe peu : je rigole toujours lorsque je lis le livre ou regarde le film.
The Lizzie Bennet Diaries est une web-série que l’on aime ou que l’on déteste, mais à laquelle vous devriez vraiment donner une chance.

(Par la suite, je pense faire plus d’articles de ce type, en me focalisant soit sur une œuvre, soit sur un genre, soit sur une série de films, bref c’est assez ouvert. Si ça vous intéresse, n’hésitez pas à me le dire en commentaires. Je ne veux pas non plus vous assommer avec des articles trop longs.)

[Livre] Persuasion de Jane Austen

Twenty-seven-year old Anne Elliot is Austen’s most adult heroine. Eight years before the story proper begins, she is happily betrothed to a naval officer, Frederick Wentworth, but she precipitously breaks off the engagement when persuaded by her friend Lady Russell that such a match is unworthy. The breakup produces in Anne a deep and long-lasting regret. When later Wentworth returns from sea a rich and successful captain, he finds Anne’s family on the brink of financial ruin and his own sister a tenant in Kellynch Hall, the Elliot estate. All the tension of the novel revolves around one question: Will Anne and Wentworth be reunited in their love?

Persuasion a été publié en 1817, quelques mois après la mort de Jane Austen. Ce roman est considéré comme le plus mature et le plus abouti de ses romans, même si son décès précoce l’a certainement empêchée d’y apporter les corrections souhaitées. Je m’étais lancée dans ce livre il y a un an, avec d’énormes attentes … Je n’avais pas réussi à le finir. Il me reste une trentaine, une quarantaine de pages, mais, même si proche de la fin, je ne suis pas parvenue à aller jusqu’au bout. Après avoir récemment vu l’adaptation de 2007 avec Rupert Penry-Jones et Sally Hawkins, j’ai décidé de lui redonner une chance.

Anne Elliot est une jeune femme douce, intelligente et particulièrement patiente. Âgée de 27 ans, ayant peu à peu perdue la beauté de sa jeunesse, Anne vit à Kellynch Hall, entourée de son père et de sa sœur qui la méprisent plus ou moins ouvertement. Sa seule amie, Lady Russell, est aussi sa confidente ; elle est un guide, une sorte de seconde mère. Les finances de la famille ne leur permettent plus de vivre sur leur domaine et ils se voient donc dans l’obligation de quitter la région pour Bath. Anne va rester quelque temps chez sa plus jeune sœur, Mary Musgrove, épouse de Charles Musgrove … Et la rencontre va avoir lieu. Le capitaine Frederick Wentworth fait son apparition, en tant que frère de la nouvelle locataire de Kellynch Hall. Très apprécié par les Musgrove, Anne va être forcée d’être en contact avec lui de manière répétée, alors même que, 8 ans auparavant, elle avait mis un terme à leur fiançailles, sur les conseils de sa chère amie. Jeune, Miss Elliot s’est laissé aisément persuader … À 27 ans, elle en subit amèrement les conséquences.

Dans ce roman, il est question de constance des sentiments, de patience, de passion. Les termes habituels sont toujours présents : la famille, l’entourage, l’importance des conventions sociales et le respect des bonnes mœurs. Anne Elliot est tiraillée entre les obligations dues à son rang — elle fait partie d’une famille de la noblesse anglaise — et ses propres émotions, son propre caractère. Ici, il ne s’agit pas seulement de l’histoire d’amour entre la jeune femme et le capitaine Wentworth ; il s’agit aussi de mettre en avant le décalage qui existe entre ses aspirations et ce que la société a à lui offrir. Elle préfère la compagnie des Musgrove, famille d’un statut certes inférieur, mais unie, joyeuse et vivante, à celle de son père, fat et imbu de sa propre personne. Elle préfère sa campagne natale au brouhaha de Bath, ville qu’elle abhorre. Mais Anne, trop souvent, plie et cède ; elle n’est que « celle du milieu », elle n’a aucun poids, aucune possibilité de s’affirmer. J’aurais d’ailleurs aimé, parfois, voir en elle un peu plus d’ « Elizabeth Bennet ». Pour moi, Anne est plus proche d’Elinor Dashwood, dans le sens où elle parvient à garder ses propres sentiments. Elle s’efface, elle laisse la place aux autres, se fait toute petite et discrète. Et dans le même temps, elle a tout de même une certaine force : son amour passé la hante, mais elle continue sa vie comme si de rien n’était, agissant comme il convient. Anne Elliot est aussi, à mon sens, la seule héroïne créé par Jane Austen qui a, dès le début du roman, conscience de ses défauts et de ses faiblesses.

When the evening was over, Anne could not but be amused at the idea of her coming to Lyme to preach patience and resignation to a young man whom she had never seen before; nor could she help fearing, on more serious reflection, that, like many other great moralists and preachers, she had been eloquent on a point in which her own conduct would ill bear examination.

Les autres personnages du roman sont là pour aider ou pour empêcher Anne d’accéder au bonheur, évidemment. Son père et sa sœur sont imbuvables, et sa petite sœur est particulièrement irritante. Cette dernière aime se plaindre et être le centre de toutes les attentions — c’est une Elliot, après tout ! Lady Russell est un personnage qui m’a tout autant déplu. Je comprends les raisons de ses actes, de ses propos, je comprends son raisonnement, mais je ne parviens pas à y adhérer. Anne écoute tout ceci avec une grande patience, que je n’aurais certainement pas eue. Les Musgrove sont attachants et j’ai été très touchée par la relation entre Charles et Anne. Autres personnages notables : les Harville, le capitaine Benwick et ce cher Mr. Elliot, que l’on adore détester. J’ai été surprise par toute la malhonnêteté qui entourait cette pauvre Miss Elliot, tous ces faux-semblants … Encore plus que dans Orgueil et Préjugés.

« My idea of good company, Mr Elliot, is the company of clever, well-informed people, who have a great deal of conversation ; that is what I call good company. »

Son séjour à Uppercross (village où résident les Musgrove) va réveiller Anne. L’éclat de sa jeunesse, depuis longtemps perdu, va être d’une certaine manière retrouvé, malgré les épreuves. À Bath, nous retrouvons une jeune femme épanouie, un peu plus sûre d’elle, plus sûre de son amour pour Wentworth. Nous la découvrons légèrement cynique, mais elle me faisait aussi penser à une adolescente amoureuse pour la première fois. Elle oscille entre l’assurance, la joie, le doute, la déception, la tristesse … Si je l’ai trouvée peut-être un peu « molle » dans la première partie du livre, elle s’amende dans la seconde. Sa discussion avec le capitaine Benwick, puis plus tard avec le capitaine Harville, le fameux concert, etc sont des scènes marquantes et bien plus puissantes dans le roman que dans l’adaptation de 2007. Toutefois, leur rencontre dans le magasin m’est apparue bien plus sensible et fine dans le film — j’ai aimé leurs sourires, leurs regards, leur complicité. La fin du roman, douce-amère, a aussi su me séduire. Nous sommes bien loin des happy ends habituels, ce qui finit d’ajouter du réalisme à cette histoire. C’est assez amusant de se dire que l’intrigue de base est très « romantique » et romanesque et que son dénouement est très terre-à-terre — opinion qui ne va pas plaire à tout le monde : le passage de la lettre est certes beau, mais … Je n’ai pas été aussi conquise que la plupart des lectrices. La manière dont elle est intégrée au roman lui enlève de sa magie (car c’est une lettre extraordinaire), à mon humble avis. Le capitaine Wentworth est un personnage discret, mais plein de passion — malgré sa trentaine d’années, il a toujours ce côté très jeune et fougueux qui m’a séduite.

J’ai lu Persuasion en anglais … Mais la traduction française n’était jamais bien loin. En effet, j’avais lu Orgueil et Préjugés sans trop de souci, mais cette œuvre-ci m’a posé quelques problèmes. Les phrases étaient parfois interminables, la ponctuation m’a perturbée et certains passages se sont révélés confus. J’ai aussi été gênée par les nombreuses répétitions. Nous nous arrêtons parfois trop longtemps sur une idée, qui revient, encore et encore. Les errances d’Anne m’ont parfois lassée, ou du moins la façon dont elles ont été amenées. Je trouvais intéressant de se trouver « dans la tête » de l’héroïne, c’est donc dommage que j’ai eu ce sentiment de faire un pas en avant, deux pas en arrière. Ce roman de Jane Austen n’est donc pas, vous l’aurez compris, mon roman préféré. Toutefois, je le regarde désormais d’un autre œil. Il m’a fallu du temps pour écrire cette chronique, je n’arrivais pas à émettre un jugement précis sur l’œuvre. Tout est d’ailleurs encore un peu embrouillé ; à dire vrai, je ne sais trop qu’en penser.

Je tenais à dire un petit mot sur la magnifique adaptation de 2007. Les acteurs sont fabuleux, particulièrement fidèles aux personnages décrits dans le roman. Leurs caractères sont bien retranscrits et certaines scènes ont même plus de saveur que dans l’œuvre originale. C’est romantique, c’est beau à voir, il y a beaucoup d’émotion et j’aime la fin. Le moment où elle court dans Bath ne m’a pas dérangée … Mais j’aurais aimé un baiser un petit plus fougueux. Par contre, cette dernière scène est mémorable. Elle ne retranscrit pas cette fin si caractéristique du roman, mais c’est une jolie alternative. Je crois aussi que si j’ai su mieux apprécier ce roman lors de ma deuxième lecture, c’est en grande partie grâce au film. Il a apporté un éclairage nouveau sur les personnages et l’intrigue. Et je ne pouvais d’ailleurs finir cet article sans …

[Roman] La mort s’invite à Pemberley de P.D. James

 

J’ai été surprise quand ma mère m’a annoncé qu’elle avait réservé La mort s’invite à Pemberley à la bibliothèque. Je souhaitais le lire depuis sa sortie — je ne compte plus le nombre de fois où il a attiré mon regard dans la librairie internationale de Strasbourg —, sans en avoir réellement eu l’occasion. J’avais lu plusieurs avis, parfois mitigés, et j’ai hésité à l’acheter. P.D. James est une célèbre auteure anglaise, spécialiste du roman policier, et âgée à l’heure actuelle de 92 ans ! Je n’ai lu aucun de ses romans, je ne connaissais absolument pas son style avant de me lancer dans ce roman. C’est apparemment une grande admiratrice de Jane Austen et une fan d’Orgueil et Préjugés, d’où le titre de son livre. Nous retrouvons ici Elizabeth Bennet et Fitzwilliam Darcy quelques années après leur mariage ; ils mènent une vie tranquille à Pemberley, avec leurs deux enfants, leurs domestiques et Jane qui s’est installée avec son mari à quelques lieues de là. Charlotte est toujours mariée à Mr. Collins, Mary s’est trouvé un époux et Kitty, célibataire, n’est pas mécontente de sa situation. Lydia Bennet est aussi idiote qu’auparavant et Wickham continue à la supporter tant bien que mal. Si vous n’avez pas lu Orgueil et Préjugés, inutile de paniquer : l’auteure nous en fait un résumé très clair dans le premier chapitre. Le roman commence la veille du bal de Lady Anne, donné sur le domaine des Darcy, événement important de la saison. Les Darcy, les Bingley, le colonel Fitzwilliam ainsi qu’Henry Alveston, avocat londonien, sont réunis dans le salon de Pemberley ; la tempête fait rage et au milieu du bruit, on perçoit le hennissement des chevaux. Un attelage en furie se dirige vers la demeure, les invités se précipitent à l’extérieur. Lydia sort du cabriolet, échevelée, hystérique. Un meurtre vient d’être commis dans le bois, non loin de là. Où sont passés Wickham et Denny ? Que s’est-il vraiment passé ? La réponse semble être évidente … Et pourtant.

Comme je vous l’ai dit, c’est la première fois que je lis du P.D. James. Je ne savais donc pas du tout à quoi m’attendre. Elle s’est attachée à respecter le style austenien tout en y ajoutant une touche de modernité. J’ai presque eu l’impression de lire un classique du XIXème siècle. Le vocabulaire n’était pas particulièrement complexe, mais on sentait que la syntaxe avait été très travaillée. Néanmoins, le tout est fluide et ce fut un véritable bonheur à lire. Ne connaissant pas ses autres romans, je ne peux vous dire si l’écriture est du même type dans toute son œuvre. Concernant l’histoire, je trouve l’idée assez intéressante. Il s’agissait de mon premier livre de paralittérature austenienne ; je ne suis pas une fan de romans policiers, mais retrouver Darcy et Elizabeth était bien trop tentant. L’intrigue policière en elle-même n’est pas « extraordinaire », je dirais. On ne se casse pas trop la tête, même si l’on a envie de comprendre ce qu’il s’est passé. D’ailleurs, j’ai trouvé le dénouement assez décevant : je m’attendais à quelque chose de plus romanesque, de plus fou, de plus fantastique. En réalité, la solution est terre-à-terre, alors que les éléments que P.D. James apporte tout au long de son récit laissent présager autre chose. Je me suis dit qu’elle cherchait certainement à nous égarer, mais ça ne m’a pas convaincue. De plus, si j’ai été ravie de découvrir ce qu’il était advenu de chacun des personnages, certains destins m’ont moins plu. Je n’ai pas retrouvé la petite étincelle qui existait entre les deux principaux protagonistes ; ils sont devenus un peu plats, voire un peu inutiles. Le colonel Fitzwilliam est imbuvable et je n’ai réussi à m’attacher à aucun des autres, sauf peut-être le jeune Henry Alveston. Nous en apprenons aussi plus sur Georgiana, au milieu de cette affaire de meurtre, mais pas assez à mon goût. L’enquête policière est brève, ce qui intéresse l’auteure ici est le procès : cette partie est d’ailleurs celle que j’ai le plus aimé.

J’ai mis beaucoup de temps pour le lire, donc j’ai oublié pas mal de choses au cours de ma lecture, même s’il n’y a pas foule de détails à retenir. Je ne m’y suis pas mise à fond et c’est peut-être pour cette raison que j’ai eu l’impression que ça traînait en longueur. Je dirais donc que c’est un roman à découvrir pour son style, pour son idée principale, mais que j’ai trouvé assez décevant du point de vue de l’intrigue policière et du développement du caractère des personnages. C’est une lecture détente agréable, mais pas inoubliable selon moi. Peut-être le relirai-je un jour, peut-être mon avis changera-t-il … Pour l’heure, il est mitigé.