[Roman + Film] L’Affaire Protheroe d’Agatha Christie

Quand on découvre le colonel Protheroe tué d’une balle dans la tête dans le bureau du presbytère, le pasteur a sans doute déjà une idée sur l’identité possible de l’assassin ou, en tout cas, sur un mobile vraisemblable. N’assiste-t-il pas au thé hebdomadaire de sa femme, où s’échangent potins et cancans ?

Nous connaissons tous Agatha Christie pour ses deux détectives : Hercule Poirot et Miss Marple. Étant plus familière, littérairement parlant, avec le premier qu’avec la seconde, j’ai décidé de partir à l’assaut de tous les romans mettant en scène cette « vieille fille » maligne et très observatrice. L’Affaire Protheroe (Murder at the Vicarage) est sa première véritable enquête, même si le narrateur est ici Leonard Clement, pasteur de St Mary Mead, petit village anglais typique. Le colonel Protheroe incarne la justice locale, implacable, et est peu apprécié du voisinage, pour des raisons assez variées. S’il venait à mourir, les habitants se sentiraient plus soulagés qu’attristés … Et c’est effectivement ce qu’il va se passer. Pour résoudre ce meurtre, l’inspecteur Flem de Scotland Yard va être secondé — bien malgré lui — par le colonel Melchett, chef de la police du comté, et par le pasteur, chez qui le crime a été commis. À leur grande surprise, le coupable se dénonce : Lawrence Redding, artiste-peintre de passage dans la région, se rend à la police …

Bien sûr, les choses vont se compliquer, mais je ne souhaite pas vous en révéler plus pour le moment, ne serait-ce que parce que les enquêtes d’Agatha Christie sont des mécaniques parfaitement huilées : si je vous en apprends un peu trop, je risque de vous orienter sur la voie. Et ce n’est pas ce que nous souhaitons, n’est-ce pas ? Les mots sont traitres. J’ai été ravie de retrouver la plume de l’écrivain. Le style est simple — parfois un peu trop — et fluide. Elle nous expose les faits avec précision, mais nous nous emmêlons les pinceaux à certains moments. J’avoue avoir été obligée de revenir plusieurs fois en arrière pour vérifier certains éléments, pour me souvenir de certaines choses : à force d’aller en avant, puis en arrière, on commence à avoir le tournis ! Évidemment, tout ceci n’est pas un hasard. Brouiller les pistes est la grande spécialité de la romancière. Dans ce roman, Miss Marple n’est pas particulièrement mise en avant, puisque le pasteur est le pivot de l’histoire ; il fait le lien entre les habitants du village — un village tel qu’on se l’imagine, avec ses cancans, ses indiscrétions, ses femmes qui passent leur vie le nez à la fenêtre — et la police. J’ai d’ailleurs trouvé que c’était un peu dommage : j’aurais aimé en apprendre un peu plus sur le personnage de Jane Marple, découvrir un peu plus avant son caractère. Je compte donc sur les autres romans pour éclairer ma lanterne.

Je ne commente jamais de manière très détaillée les romans d’Agatha Christie. Leur construction, le style, ainsi que la façon dont sont décrits les personnages, sont similaires. Les affaires ne sont pas les mêmes, la manière de les résoudre non plus, mais fondamentalement, le schéma est quasiment identique, c’est pourquoi je ne m’y attarde pas plus. Toutefois, j’ai pu relever dans L’Affaire Protheroe une citation qui m’a fait sourire et qui révèle l’humour de l’auteure. Le pasteur s’adresse ici à Lawrence Redding, qui veut connaître le fin mot de toute cette affaire. Rappelons que nous lisons un roman où une dame âgée toute simple et bien trop curieuse va résoudre ce meurtre.

« – Vous voulez jouer les détectives amateurs ; ils ont la faveur des romanciers, mais je ne sais si, dans la vie, ils peuvent se mesurer aux vrais professionnels. »

Comme vous le savez peut-être, je suis une grande fan des adaptations télévisées d’Hercule Poirot et de Miss Marple. Ainsi, l’autre jour a été diffusé sur TMC l’épisode Meurtre au Presbytère, adaptée du roman dont je viens juste de vous parler. Ça tombait plutôt bien. J’ai dû le voir 3 ou 4 fois, mais je ne m’en lasse pas, ne serait-ce que pour les paysages et les costumes.

Cet épisode est le deuxième de la première saison de la série Miss Marple la plus récente (2004) — le premier étant Un cadavre dans la bibliothèque, il y a eu inversion par rapport à l’ordre des romans. Notre chère détective est jouée par la géniale Geraldine McEwan, qui rend le personnage beaucoup plus vivant et dynamique, grâce à son humour. Elle s’éloigne peut-être de ce qu’elle est censée être, d’après le roman, mais je la trouve beaucoup plus attachante ; elle fait un peu moins « mamie gâteau », si je me fie à mes premières impressions. Le colonel Protheroe est joué par Sir Derek Jacobi, Mrs Protheroe par Janet McTeer (qui incarne la mère des sœurs Dashwood dans l’adaptation la plus récente de Raison et Sentiments), Lawrence Redding par Jason Flemyng (Netley dans From Hell), le pasteur par Tim McInnerny ou encore Griselda Clement par Rachael Stirling (Caroline Crale dans Cinq Petits Cochons). Sans oublier Miriam Margolyes, notre chère professeur Chourave, qui incarne Mrs Price Ridley et Mark Gatiss dans le rôle du vicaire Hawes. Un casting pas désagréable, cela est certain. Je dois avouer que j’ai préféré l’adaptation au roman, pour le coup. Les personnages sont plus développés, l’intrigue s’avère encore plus complexe et les scénaristes ont ajouté quelques éléments de suspense et d’action qui ne sont pas présents dans le texte original.

Il s’agit, ne l’oublions pas, d’une adaptation. Les choses ne se déroulent pas tout à fait de la même façon, mais pour porter de telles enquêtes à l’écran, il faut bien insister sur certains points ou en rajouter un peu, pour que le tout soit solide, pour qu’il y ait de la matière. Pour moi, les romans d’Agatha Christie sont comme des pièces de théâtre ; tous les personnages nous présentés un à un et tout se déroule dans un même lieu, en l’occurrence, le village. C’est pourquoi ça ne me dérange pas que le film / l’épisode diffère de l’histoire de base.

Dans cette adaptation, j’ai aimé la scénographie, mais aussi la musique. Les acteurs jouent leur rôle à la perfection, les costumes sont magnifiques, il y a une impression de mouvement, de dynamisme que les vieilles adaptations ont un peu perdu. Pour moi, ce sont de véritables petits bijoux que je ne me lasse pas de regarder. [Attention : SPOILERS] Si je devais, toutefois, lister les différences principales entre adaptation et roman, dans ce cas, voici ce que je noterais : le caractère de Griselda est tout à fait différent — dans le roman, elle a une attitude vraiment très jeune, parfois de « gamine », est une mauvaise maîtresse de maison et elle a eu, dans le passé, une liaison avec Lawrence Redding ; dans le film, c’est une jeune femme pleine de vie et qui sait tout de même se servir de ses 10 doigts, vu qu’elle s’occupe du jardin et elle ne semble pas prête à séduire tous les hommes — ; Lawrence Redding est dépeint dans le roman comme un opportuniste alors que dans le film, son amour pour Anne est sincère, il va au-delà de la fortune tant convoitée dans le bouquin ; Hawes est complètement fou et mystique dans le roman, dans le film, cet aspect est moins flagrant ; l’histoire autour du Professeur Stone n’a strictement rien à voir dans l’un comme dans l’autre et je pourrais continuer comme ça. Les personnages n’ont pas été exploités de la même façon et tout ce qui est suggéré, en terme d’action et de mouvement, dans le roman, est visible à l’écran.

J’achève donc ce long article en disant que j’ai été ravie de découvrir Miss Marple dans un roman — même si je connaissais par avance le fin mot de l’histoire —, mais qu’en comparant à l’adaptation télévisuelle, j’ai été quelque peu déçue. J’ai pris plaisir à me replonger dans un roman d’Agatha Christie, mais j’aimerais que les prochaines enquêtes me surprennent un peu plus et surtout m’en apprennent plus sur le personnage principal !

Cette lecture s’inscrit dans le challenge Agatha Christie organisé par George.